02.11.2006

Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (4/4)

Vous dîtes toujours avoir peur du ridicule, de vous faire trop remarquer mais pourtant vos livres sont tellement spéciaux…

Vous avez tout à fait raison, c’est très paradoxal. C’est vrai qu’il y a en moi ce côté très adolescent : « -surtout ne nous faisons pas trop remarquée… » et en même temps mes livres ne collent pas avec cela. Mais j’assume tous mes paradoxes, ce paradoxe se retrouve d’ailleurs dans Journal d’ Hirondelle, c’est un livre sur le thème du secret. En soi c’est un paradoxe car est-ce que le meilleur secret ne serait pas de ne pas écrire de livre ? Mais non, le livre doit quand même exister, il doit exister pour que le secret soit préservé, c’est absurde !

Donc vous êtes quelqu’un qui se décrit comme paradoxal…

Oui enfin j’ai l’impression qu’on est nombreux dans la confrérie ou du moins, j’essaie de me rassurer en le pensant…

Et avez-vous eu d’autres projets avant d’écrire vraiment ?

Aucun. C’est aussi une chose qui, je croie, me différencie de beaucoup de gens, c’est que je suis un peu un néant, je ne suis bonne à rien, je n’ai pas particulièrement envie de faire 10000 choses, j’ai envie d’écrire, point. Je suis une vraie monomaniaque, et cela tombe bien car je n’ai de talent pour strictement rien d’autre. Je suis moi-même entourée de gens qui ont tous les talents, qui défilent bien, qui jouent d’un instrument de musique, qui font du sport… Moi, en dehors de l’écriture vraiment, il n’y a rien. Mais je constate que ce rien m’a quand même conduite à quelque chose parce que vos m’auriez rencontrée à vos âges, je n’étais rien, je n’étais pas comme vous. Jamais je n’aurais participé au Goncourt des lycéens, jamais je n’aurais eu le courage de faire une chose pareille. Ce qui m’a permis de dépasser mon isolement qui était formidable, c’est le fait d’écrire et le fait de publier des livres. C’est une intégration par voie de littérature.

Votre « isolement formidable » est encore un autre paradoxe…

(rires) Oui, c’en est un.

Et connaissez-vous d’autres écrivains dans ce milieu ?

Vous savez, c’est très difficile. Ma position n’est pas facile parce que je suis un écrivain très envié, cela fait 14 ans que je suis best-seller et il n’y en a pas d’autres que moi à l’être depuis si longtemps. En plus je ne suis pas cacochyme, je n’ai pas l’air foncièrement désespérée donc ça suscite de grandes jalousies chez les autres et il n’y a rien à faire quand je vais au devant d’eux, c’est peut être paranoïaque de ma part mais je ne le pense pas, je sens toujours des sous entendus extrêmes qui sont gênants, il n’y a pas de transparence, il y a toujours des petites perfidies qui sont lancées… Finalement les seuls écrivains avec lesquels je peux vivre de grandes amitiés sont les écrivains de best-seller car il n’a y pas ce côté : « -Oui mais vous n’êtes qu’un écrivain commercial » ou des petites piques comme ça. Je suis par exemple très amie avec Henri-Emmanuel Flique qui en effet a des ventes phénoménales donc quand je le vois je sens bien qu’il ne se pose pas la question : « -Est-ce qu’elle vend plus que moi ?? » (rires).

Donc ce côté commercial, vous l’assumez totalement…

Vous savez je ne l’ai pas fait exprès mais d’autre part je ne pleure pas. Franchement, gagner beaucoup d’argent, je ne vais pas vous dire que c’est foncièrement désagréable ! (rires)

Et comment accueillez-vous la critique ?

Avec l’habitude… Vous savez on n’est pas best-seller depuis 14 ans sans des démolitions à n’en plus finir… Ca a commencé dès le deuxième livre, je ferais même mieux de dire dès le premier qui a été « ratiboisé » par la critique en Belgique mais à cause du nom que je porte. Par contre en France, ô merveille personne ne savait qui étaient les Nothomb, cela s’est très bien passé. La France m’a un peu fait l’effet d’être le pays du Salut, vous savez un peu comme l’Amérique pour les Européens, les bagnards qui fuyaient … Tout dépend du niveau, les critiques pour journal d’Hirondelle n’ont pas été bonnes par exemple mais franchement ça va. L’an passé j’ai écrit le livre Acide sulfurique qui m’a valu des critiques insupportables…

Ce livre est pourtant magnifique, vous faîtes la juste comparaison de la télé-réalité et des camps de concentration…

C’est très gentil vous me faîtes bien plaisir en me le disant mais si vous saviez,j’ai été vraiment humainement insultée et ce qui était pour moi insoutenable, c’est qu’on m’accusait, avec ce livre, d’insulter les victimes de la Shoah… Alors que c’était exactement le contraire ! J’ai écrit pour que cela ne se reproduise pas car il me semble que l’on n’est jamais vraiment à l’abri de ces choses là. Ca c’était vraiment une insulte gravissime très très pénible à endurer. Après ça si on se contente de dire que votre livre est nul, vous haussez les épaules.

Mais les critiques restent des critiques et les lecteurs avant tout des lecteurs !

Exactement. C’est pour les lecteurs qu’on écrit.

La grande majorité de vos lecteurs a d’ailleurs aimé Acide sulfurique !

Ah bah vous me faîtes plaisir ! (rires)

Et justement, que pensez vous réellement de la télé-réalité ?

Franchement j’en pense exactement la même chose que ce qui est dit dans ce livre. Alors il y a des critiques qui m’ont dit : « -Mais enfin comment pouvez vous comparer la télé-réalité avec les camps de concentration ? Quand bien même on pourrait avouer qu’il y a des choses graves dans la télé-réalité, cela n’atteint pas du tout ce degré ! ». Je leur ai alors demandé s’il fallait attendre l’insoutenable pour réagir ou réagir dès que ça devient inacceptable. C’est exactement ce qu’il s’est passé en 1940, c’est parce que les gens disaient : « -Oui mais ils ne sont que déportés… », on ne savait pas qu’ils étaient gazés mais est-ce que l’idée qu’ils soient déportés n’est pas déjà insoutenable ? N’y avait-il pas déjà de quoi réagir ? Donc il faut réagir tout de suite, il ne faut bien sûr pas attendre qu’il soit trop tard pour le faire !

01.11.2006

Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (3/4)

Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (3)


Dans quel cadre écrivez-vous, ce qui vous inspire, à quel moment ?

D’abord j’écris absolument tous les jours, sans exception. D’environ 4h à environ 8h du matin, au saut du lit, juste au moment où je me réveille. La seule chose que je fais entre le moment où je me réveille et le moment où je commence à écrire, c’est que je bois d’un trait un demi litre de thé trop fort et que je m’habille énormément parce que ça donne froid d’écrire. Mais tout de suite je me mets à écrire, j’écris frénétiquement dans un état mental et physique extrêmes pendant plusieurs heures et après ça va. C’est comme si j’avais expulsé ce que j’avais besoin d’expulser pour être viable.


Que cela vous apporte-t-il d’écrire ?

C’est mystérieux comme question, mais en même temps c’est quand même singulier. Cela fait maintenant tellement d’années que j’écris et je sais que je pourrai pas vivre sans. Tous les matins au réveil, je me réveille dans la même angoisse, qui est un peu l’angoisse d’Urbain quand il se réveille et qu’il ne sait même plus qui il est. Je sais que tous les matins je dois tout reconstruire, donc ça recommence…Et en même temps, cela m’apporte de la jouissance. C’est très difficile d’écrire, mais je le fais dans un état de jouissance extrême et cela donne des sensations fortes et c’est vrai que je suis toujours à la recherche de sensations fortes.


A partir de quand avez-vous commencez à écrire ?

Avant l’âge de 17 ans, je n’ai pas écrit une seule ligne. Jamais je ne me le serais autorisée. J’ai été élevée dans un très grand culte de la littérature. Très grande lectrice, fille de très grands lecteurs, sœur de grande lectrice. Du coup la littérature pour moi était un temple. Ce qui ne m’incite pas du tout à écrire, au contraire, on se sent tout petit devant la littérature et on se dit : « jamais je ne serai assez grotesque pour aller me commettre dans ce temple ». Finalement, ce qui m’a autorisé à écrire, ça a été un livre de Rilke qui s’appelle Lettre à un jeune poète que j’ai lu justement à 17 ans et où la question de l’acte d’écrire y est posée de façon tellement différente de la façon dont je me le posais moi, (c'est-à-dire que moi je me disais « je n’écris pas parce que je suis indigne »), tandis que Rilke répond à la question d’une façon totalement différente, à savoir, la question n’est pas « suis-je un bon écrivain ? » (Parce que ça de toute façon, on en sait jamais rien), la seule question qu’on peut se poser c’est « est-ce que je peux continuer à vivre sans écrire ? Est-ce que écrire est pour moi une question de vie ou de mort ? ». Et je peux vous assurer qu’à cet âge là, ma condition de vivante n’était pas si sûre. J’ai vraiment compris que oui c’était une question de vie ou de mort. Donc je ne peux pas me poser la question de savoir si je pouvais me mesurer à Proust, puisque évidemment je ne le pouvais pas, Mais je pouvais écrire parce que c’était une question de vie ou de mort.


Vous éprouviez donc un certain mal-être ?

Un mal-être phénoménal, comme je crois on en éprouve souvent à vos âges…


Vous en êtes-vous servie pour écrire Antéchrista ?

Ca il est clair que Antéchrista est à 95 % autobiographique. J’ai eu ma Christa, qui ne s’appelait pas ainsi, mais j’ai été Blanche. Et alors, c’est très singulier parce que tout le monde m’a dit « Blanche, c’est moi, les vieux messieurs, les jeunes filles, les jeunes gens, les mères de famille... », mais personne ne m’a dit « ah ! Je me suis reconnue dans le personnage de Christa », donc moi je me dis « mais où se cache-t-elle ? » (rire

Question cinéma, aimez-vous les films en général ?

Je passe ma vie au cinéma. Ca a commencé pendant mon adolescence lorsque je suis arrivée en Europe, me sentant terriblement seule, j’y allais tous les jours voir absolument n’importe quoi et c’est d’ailleurs une attitude qui m’est restée. Même si je ne vais pas au cinéma tous les jours je suis du style à aller absolument tout voir : les films américains comme Superman et puis la troisième rétrospective du cinéma turkmène.

Et le dernier film en date ?

Un film chinois que j’ai vu vendredi dernier qui s’appelle « Voiture de luxe ». Formidable.

Et est-ce que tout cela vous a donné envie de travailler au cinéma ?

Vous savez cela ne s’improvise pas. On a vu beaucoup d’écrivains ces derniers temps s’imaginer qu’il suffit de prendre une caméra et de filmer, Bernard Henry Lévy par exemple, on a tous vu le grand chef d’œuvre que ça a donné. Je n’ai pas tellement envie de me ridiculiser, d’autre part ce que je fais comme écrivain occupe tellement de mon temps, j’ai une telle passion pour ça que je me dis : à chacun son métier. Vous savez moi je suis tellement comblée par ce que je fais… En plus je vois des gens aussi merveilleux qu’Alain Cornaud qui se tournent vers moi pour faire des films avec ce que je fais que je me dis : « -raison de plus pour ne pas se couvrir de ridicule, laissons faire les spécialistes ».

31.10.2006

Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (2/4)

Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (2)


Vous en avez écrit un livre d’ailleurs...

J’en ai écrit un livre que je ne pensais pas écrire à ce moment là.

Livre qui est superbe pourtant !

Merci. Et cet à ce moment là donc que... mais ça c’est bien plus tard puisque j’avais 23 ans que je me suis dit bon maintenant tu as fait le tour de la question tu es rentrée au Japon tu as vu ça marche pas non plus. D’autre part tu écris tu le sais, depuis longtemps. Qu’est ce que tu risques à envoyer un manuscrit à un éditeur ? Tout ce que tu risques c’est être ridicule ; mais regarde tu es déjà ridicule. Mais regarde tu es Dame pipi dans une compagnie japonaise franchement... Est-ce que tu as déjà perdu la face il ne peut rien t’arriver de pire. Donc finalement j’avais raison, c’est bel et bien grâce au Japon mais d’une façon bien sûr, totalement paradoxale.

Mathilde : Donc le premier manuscrit que vous avez envoyé aux éditeurs c’était le récit de... ?

Pas du tout ! « Stupeur et tremblements » est venu bien plus tard ! Le premier roman que j’ai écrit juste après et que envoyé aux éditeurs c’est le premier publié à savoir « Hygiène de l’assassin ». Vous savez à l’époque j’avais pas trop envie de me vanter de ce qui m’était arrivé au Japon. Je n’aurais jamais imaginé que j’en tirerais un roman, plus tard. Si j’ai pu, huit ans plus tard écrire sur ce sujet c’est parce que sans doute j’étais un écrivain avec son petit succès et que je me suis dit bon finalement la honte est passée maintenant je peux me risquer à parler de tout ça.

Et justement pour « Hygiène de l’assassin » on a beaucoup beaucoup aimé vraiment ce livre et on voulait savoir pour le personnage de Prétexta si vous vous étiez inspiré d’idées... de vos idées ou alors d’idées que vous trouviez autour de vous, de gens arrogants ?

C’est très gênant. Vous allez peut-être, être très choquée par ma réponse mais la vérité c’est que, vraiment je me suis inspirée de moi ! Bon comprenons nous bien quand j’ai écrit ce livre j’avais 23 ans je me suis dit « t’es comme tout les écrivains, t’a envie de parler de ton nombril, or ton nombril n’a vraiment aucun intérêt. Comment me rendre intéressante, eh bien je vais me déguiser en mon contraire ! Je suis une femme, prenons un homme. Je suis jeune, prenons un vieillard. Je suis relativement aimable, prenons un être parfaitement odieux. Je ne suis absolument pas célèbre, prenons un prix Nobel de littérature. Moyennant ce déguisement, derrière lequel personne ne pourra me reconnaître je pourrai faire passer toutes mes idées parfois de façon un peu monstrueuse. Mais je peux dire que globalement j’endosse tout ce qu’il dit, sauf que je ne suis pas misogyne mais sans être misogyne le moins du monde il m’arrive d’être très irritée par certaines attitudes féminines ! Et je dirais que ma seule vraie différence avec Prétexta, c’est que je n’enlèverai aucune page à la Princesse de Clèves ! Je trouve que ce livre est parfait !



Avez-vous des livres préférés ?

Ma liste de mes livres préférés est infinie bien sur, il y a la princesse de Clèves, les Liaisons Dangereuses, le bal du comte d’Orgel, le Coup de grâce, le Pavillon d’or… la liste est très longue.


Quel est votre livre de chevet ?

Il y a un livre que je lis chaque année, et pourtant ce n’est pas celui que j’ai le plus relu de ma vie, mais chaque année je me lis le portrait de Dorian Grey. Il y a mille raisons aussi bien littéraires que psychologiques de relire ce livre.


Vous inspirez-vous de ces livres ?

Ce n’est pas si simple, je trouve que ce serait une très vilaine façon de rendre hommage à ces livres que de m’inspirer d’eux. D’autre part, il est certain que le fait de les avoir tellement lus, m’a influencée mais dans mon inconscient, ce n’est pas un acte volontaire. Je ne me dis pas « bon, faisons comme Oscar Wilde », (ce serait d’ailleurs du dernier ridicule de se prendre pour Oscar Wilde !). Je suis moi, mais avec toutes mes composantes c’est comme Prétexta dit : « on écrit aussi avec ce que l’on a mangé, mais dans ce que l’on a mangé il y a aussi bien la littérature que la nourriture », donc ça fait partie de moi.


A notre âge, aimiez-vous les cours de français ?

Je n’étais pas très bonne. Je n’avais pas de très bons points ni de très bons résultats ni en dissertation, ni en composition française. Mais bon, j’ai toujours aimé lire à côté de ça, donc je n’étais pas rétive au moment où il y avait les listes de lecture.

30.10.2006

Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (1/3)

Une collègue a gentiment mis à disposition le bilan d’interview d’Amélie Nothomb à Rennes, je la fournis en plusieurs épisodes.

Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (1/4)

Comment vous décririez vous en un seul mot ?

Hou la ! C’est vache comme question, j’ai vraiment envie de vous la renvoyer. Si vous deviez me décrire en un seul mot qu’est ce que vous diriez ? J’a tellement peu de perception de moi.

Armandine : Moi je dirais déjantée.
Mathilde : Géniale.
Anna : Talentueuse.
Pierre : Et mystérieuse.

Bon alors je préfère m’en remettre a votre jugement je crois que j’y gagne beaucoup !

Avez-vous tenu un journal intime dans votre jeunesse ? Qui aurait été comme un déclencheur.

Eh bien non parce que justement je suis une grande paranoïaque, et je suis absolument sûre que si j’avais tenu un journal intime quelqu’un aurait chercher et réussi à le lire. Je suis absolument sûre que si j’avais surpris ce quelqu’un en train de lire mon journal je n’aurais pas pu m’empêcher de l’assassiner. Donc dans le but de ne pas assassiner mon prochain, je n’ai pas écrit de journal intime.

Donc vous vous êtes inspirée de vous pour le personnage dans Journal d’Hirondelle ?

Oui mais de toutes les composantes de moi, je suis aussi bien Urbain qu’Hirondelle ou que Youri, je me donne pour devoir d’assumer tout mes personnages. Ils doivent tous avoir leur légitimité. Même quand le pire d’entre eux entre en scène je dois accepter d’être lui parce que sinon on ridiculise ses personnage, je les assume tous.

Ce n’est pas trop dur de s’appeler Amélie Nothomb ?

C’est une question intéressante, il y aurait beaucoup de façons d’y répondre. Il faut quand même voir que même si c’est difficile c’est quand même surtout un cadeau. Tant de gens écrivent, tant de gens voudraient être publiés, quand ils le sont tellement voudraient que ça marche pour eux, j’ai un peu l’impression d’avoir gagné au Loto, je trouve que se serait un petit peu insupportable que je me plaigne. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des aspects difficiles mais je vois ça plutôt comme un privilège. Il y a aussi une autre façon de répondre a cette question c’est que je viens de Belgique ou mon nom était lourd à porter pour diverses raisons, et j’ai voulu être publiée sous pseudonyme quand je suis arrivée en France pour tenter d’être publiée, et l’éditeur m’a dit « Vos histoire belco-belges je m’en fiche complètement, moi je trouve que Nothomb ça sonne bien donc j’oublie votre désir de pseudonyme et vous vous appellerez de votre vrai nom Amélie Nothomb » A ce moment je l’ai mal vécu, et pendant les premières années en Belgique toutes mes interviews commençaient mal parce que on me disait toujours « Qui êtes-vous par apport à tel ou tel Nothomb », j’avais toujours ce poids sur mes épaules et maintenant ce n’est plus le cas même en Belgique ils ont oublié tout ce que ce nom cachait de lourd à porter comme si maintenant Nothomb en Belgique signifiait Amélie. Alors je le vis comme une très grande victoire car c’est comme si cette notoriété avait effacé les notoriétés plus lourdes à porter qui m’ont précédée dans mon pays.


Comment expliquez vous cette notoriété ?


L’expliquer j’en suis incapable, franchement je vous le dit avec une sincérité absolue si on m’avait dit à votre âge que cette histoire aller m’arriver, je ne l’aurais jamais cru et je ne pense pas non plus que je l’aurais souhaité. Quand j’ai tenté la publication je ne m’attendais même pas a être publiée. Quand j’ai été publiée je m’attendais encore moins à ce que ça marche ! Donc je dois dire que je vis ça avec une stupéfaction qui me fait peur parce que je trouve que chaque année c’est plus incroyable. Parce que sommes des gens qui deviennent célèbres, et il y en a plus chaque année, mais le plus étonnant c’est que ça dure. Le plus difficile ce n’est pas seulement valable pour la notoriété, c’est valable pour tout, pour l’amour pour l’amitié, le plus difficile en tout c’est de durer ! Et de voir que ça dur c’est certainement ce qu’il y a de plus incroyable dans l’affaire !

Justement par rapport à cette notoriété comment vous le vivez ? Comment vous l’expliquer ?

Alors l’expliquer j’en suis incapable ! Franchement je vous le dis avec une sincérité absolue si on m’avait dit à votre âge par exemple que cette histoire allait m’arriver mais je ne l’aurais jamais cru et je ne pense pas non plus que je l’aurais souhaiter... Quand j’ai tenté la publication je ne m’attendais même pas à être publiée et quand j’ai été publiée je ne m’attendais encore moins à ce que ça marche ! Donc je dois dire que je vis ça avec une stupéfaction qui ne cesse pas parce que je trouve que chaque année c’est plus incroyable parce que des gens qui deviennent célèbres il y en a chaque année. Mais le plus étonnant c’est que ça dure, ça ce n’est pas fréquent le plus difficile c’est pas seulement valable pour la notoriété c’est valable pour tout. C’est valable pour l’amour c’est valable pour l’amitié ; le plus difficile en tout c’est de durer et de voir que ça dur, c’est sans doute le plus incroyable dans l’affaire...

Mathilde : Et justement vous dites qu’à notre âge jamais vous ne vous seriez imaginer vivre comme ça, comment vous étiez à notre âge ?

Ouh ! J’étais très mal. J’imagine que vous avez seize ans j’étais pas si bien que vous ! J’étais en train de sortir d’une très longue et très douloureuse anorexie, j’avais des problèmes de santé à n’en plus finir. Je n’avais aucun ami j’était extraordinairement seule, heureusement que j’avais une sœur parce que si je n’avais pas eu de sœur je n’aurais eu aucune compagnie...

C’est la « Juliette » dont vous parlez dans « Biographie de la faim » ?

Voilà, exactement ! Oh je vois que vous avez lu d’autres livres de moi...
Franchement quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard moi je me souviens je me disais « mais comme si j’avais un avenir » Je n’était pas punk physiquement mais je l’étais dans ma tête en ceci que vraiment « no futur » ! Le seul avenir que je pouvais endosser c’était l’idée de retourner au Japon. Pour moi vivre au Japon c’était une ambition suffisante : c’était le pays de ma naissance, c’était le pays de mes premiers souvenirs je me disais si tu peux ne serait-ce que retourner sur cette terre tu seras sauvée et peu importe de là tu feras n’importe quoi. C’est ce qui s’est passé d’ailleurs je suis retournée au japon et vraiment j’ai fait n’importe quoi et tellement n’importe quoi que même moi avec mon peu d’ambition, non comme même … Dame pipi c’était...

La suite demain.

21.10.2006

Une hirondelle au Père Lachaise

« une hirondelle au Père lachaise»

Il est difficile de trouver matière dans ce livre qui se lit tout seul et qui enchaîne, un peu trop facilement, les épisodes. J’y ai repéré cependant un passage dans le livre au cours duquel l’auteur se livre à un intéressant exercice de réécriture.
Son personnage de tueur sombre de la manière la plus inattendue qui soit dans la mélancolie de l’amour. Mélancolie au sens fort puisque, une fois de plus en littérature, Eros rejoint Thanatos ! (Amour et mort indissociablement liés) Et pour cause ! Le malheureux vient d’abattre froidement la jeune fille dont il tombe ensuite amoureux…
Cela donne lieu à un plaisant vague à l’âme de l’abatteur abattu dans le lieu hautement romantique du Père-Lachaise. C’est l’occasion de rappeler le sens littéraire de « romantisme » et d’évoquer la figure de Nerval qui est implicitement cité dans le passage choisi.

Texte pages 96-97

Rappel de la situation. Après le crime de la jeune fille et l’épisode de l’hirondelle.
Un jeu sur la figure de l’assassin : des éléments attendus, qui renvoient à la réalité du crime dans lequel il est impliqué : relever ces éléments… et, en même temps, des éléments de surprise qui correspondent à un tournant dans son existence (et c’est tout l’enjeu du roman, montrer comment l’assassin peut être sensible et tomber amoureux) : relever les éléments qui renvoient à la tendresse et à la sentimentalité. Commenter la formule « révolver constellé ».
Un univers romantique : le romantisme du XIX°, celui qui est associé au sentiment des ruines et à cette attirance particulière pour les cimetières et la mort. Des noms et des références à fixer… Ce cadre et le sentiment que le héros ressent sont à l’origine d’une transformation : un autre rapport au monde (dans la façon de le ressentir mais aussi de le comprendre) : sensibilité à fleur de peau, lyrisme, idéalisme.
Remarque : comment le narrateur a-t-il acquis cette culture littéraire au point de tutoyer les poètes et d’intégrer les citations de vers à ces rêveries ? Cela aurait supposé un travail supplémentaire sur la personnalité du narrateur à moins que le narrateur ne soit simplement que le masque fantasmé d’un auteur cultivé, amateur de poésie romantique.