06.12.2006
Questions à Littell
Questions pour la plénière Littell : les élèves du lycée seront sur scène pour poser leurs questions dans l'ordre suivant. Quant au programme général il est sur le site officiel du lycée dont voici l'adresse : http://www.stationbienvenue.fr (voir semaine du en cours du 4.12 au 11.12)
1 ce roman a nécessité 5 ans de travail qu’est-ce qui l’a motivé ? Manon
2 Dans quelle mesure la mythologie a-t-elle été une source d’inspiration ? Aurore
3 Comment le personnage principal a-t-il été construit? Léa
4 Pourquoi avoir créé un personnage si détestable et aussi surprenant ? Mélinda
5 Avez-vous des points communs avec le héros du livre ? Victoria
6 Il y a des passages très durs dans ce livre notamment les longues descriptions des exactions des Einsatzgruppen en Ukraine ? ont-ils été difficiles à écrire ? Clémence
7 N’avez-vous pas fini par mieux comprendre votre personnage, son caractère, son statut dans l’histoire en tant que personnage nazi ,à force d’écrire à son sujet ? Chloé
8 A quel rythme ces 900 pages ont-elles été rédigées? Gurvan
9 Pourquoi avoir choisi de l’écrire en français ? Elise
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21.11.2006
Les Bienveillantes 7/7
La fin du roman est plongée dans la confusion de la débâcle. Tout échappe à la volonté de l’ordre et de l’organisation. A nouveau blessé et diminué par ses troubles organiques, Max rentre à Berlin où il est soigné par Hélène, mais il ne donne pas de suite à la relation. Il cherche dans la maison de sa sœur le fantôme perdu et se livre à des rituels hallucinés.
C’est Thomas qui vient le chercher pour l’entraîner dans de dernières péripéties à travers un territoire pénétré par l’armée russe. Et toujours les figures des deux policiers qui le poursuivent et qui acquièrent véritablement le statut de « mouches », (p759) : il finit par les abattre l’un et l’autre, comme il exécute froidement l’un de ses anciens amants et même son ami Thomas. Le roman s’achève sur ces dérapages, au milieu du sang et de la confusion et sur le mot « bienveillantes » qui matérialisent les tourments d’un être qui a perdu tout repère.
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20.11.2006
Les Bienveillantes 6/7
Avant d’entamer sa mission, il est en Pologne, visite un camp (Lublin), réfléchit avec d’autres officiers dont Eichmann au « problème juif » : comment justifier la politique menée par le Reich ? D’après les autorités, la résistance du ghetto de Varsovie est un exemple de la nécessité de mener une politique d’extermination. Il faut en effet produire un effort particulier pour éliminer les éléments les plus résistants et les plus dangereux. Comme pour une maladie, c’est le résidu final qui est le plus difficile à détruire. Mais Max pose des questions. Est-ce économiquement intéressant de faire disparaître ceux qui ont toujours été nécessaires au fonctionnement de l’économie ? Faut-il se priver d’une main d’œuvre à bon marché ? Et du point de vue moral ? On lui conseille de ne pas se poser de question ou d’appliquer un principe inspiré de Kant : en ce qui concerne le problème juif, le fameux impératif catégorique cher au philosophe fonctionne à peu près de la façon suivante : « agis comme si le principe de ton action serait approuvé par le Führer ». Ce raisonnement est à la base d’une justification qui rappelle la pensée d’Anna Arendt et qui fournit un discours argumentatif type : p544 à 546.
Début 44. Berlin est bombardé de plus en plus souvent et la précarité augmente. Commence avec une nageuse, Hélène, une relation sentimentale et une vie plus régulière. En parallèle, une enquête est ouverte sur la responsabilité de Max dans la mort de sa mère : tout tend à l’inculper mais son statut de haut officier le met à l’abri de la justice. Il est envoyé en Hongrie : le souci majeur du Reich, c’est de trouver de la main d’œuvre capable de supporter l’effort de guerre. Et la main d’œuvre doit être juive. Mais les choses ne sont pas simples avec Budapest et la situation ne s’améliore pas. (Problèmes de l’alimentation, du voyage, de l’hébergement, de la demande en « énergie de travail » de la part de certaines usines… Max ne peut trouver de réponse adéquate et il se heurte à de l’incompréhension de la part des responsables.
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19.11.2006
Les Bienveillantes 5/7
Max en est arrivé au stade d’une belle promotion et il espère la réaliser dans son domaine, à savoir le juridique européen (ce qui encore une fois contribue à rendre le personnage sympathique). Mais on lui fait assez vite comprendre que la réussite sous le troisième Reich passe par le sale boulot : ils ont besoin de fonctionnaires de son talent pour réaliser leurs objectifs. La réalité du Reich reste toujours la toile de fond et le lecteur retrouve constamment, au détour des pages, des épisodes dont il a souvenir : par exemple le « lebensborn » : Una, la sœur, s’est mariée « avec un estropié » et elle ne peut avoir d’enfant… une grosse matrone lui suggère de « se faire féconder » par un officier SS, elle parle de « l’assistance eugénique ». Pour le narrateur, cette séparation d’avec sa sœur jumelle est insupportable, elle met un terme intolérable à leur complicité amoureuse.
Au cours de sa convalescence en France, il rend visite à Antibes à sa mère et son beau-père : le malaise règne au cours de l’entrevue. Son but est de les tuer et la référence à « l’Orestie » est implicite, même présence du tragique, même haine sourde de la sœur et du frère… Encore une fois dans ce livre, le meurtre n’est pas présenté comme un acte commis en conscience mais comme quelque chose qui a eu lieu et qu’il a dû commettre (on le comprend) dans un état de schizophrénie pendant son « sommeil ». Si on pousse plus loin le sens de la référence, peut-être peut-on y voir une clé pour la compréhension du titre : on sait que dans la pièce de Sophocle, après le meurtre de son beau-père et de sa mère, Oreste est poursuivi par les fameuses « bienveillantes », celle que Sartre appelle « les mouches ». Elles persécutent l’esprit agité du meurtrier comme Max Aue va être persécuté par ces deux policiers qu’il appelle « les bouledogues » et qui savent tout… Un élément renforce son tourment : il découvre que « les jumeaux » qu’il a vus chez sa mère étaient ceux de sa sœur…
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18.11.2006
Les Bienveillantes (4/7)
Autre aspect terrible du roman, c’est cette peinture impitoyable de la nature humaine, plongée dans les conditions de bassesse et de barbarie. Dégradation des corps, horreur des blessures, de la vermine, des bas instincts, pulsions sadiques, excrétions, sexe, chair purulente, spermes, caecum, fesses, verges… Cauchemars… La vie est arrivée à ce point d’horreur que la narration finit par confondre les deux niveaux de la réalité et du rêve… Une figure émerge de cette confusion, le souvenir auréolé de la sœur aimée (p374, exemple de réminiscence visuelle) Le personnage reste attachant par ces élans vers un idéal. Il y a aussi constamment, cet instinct d’humanité qui le distingue des autres : par exemple quand il s’inquiète du sort d’Ivan (fidèle serviteur d’origine bolchévik) qui, aux yeux des autres, n’est qu’un étranger qui doit mourir…
Pour se tirer de cet enfer de Stalingrad dans lequel ils semblent tous perdus, un miracle présenté d’abord comme un rêve : en fait, c’est son sauvetage qui le ramène blessé à Berlin et qui fait de lui un héros du Reich. La blessure consiste en un trou de part et d’autre de la tempe, et cela lui confère une sorte de troisième œil, une acuité cynique qui lui enlève la propension au bonheur facile (image hugolienne qu’il faudra utiliser pour l’étude des Contemplations : p410)...
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17.11.2006
Les Bienveillantes 3/7
Affecté dans une région du Caucase, véritable tour de Babel des peuples et des langues, il réfléchit avec un linguiste sur le statut de juifs des peuples caucasiens… Sont-ils oui ou non juifs ? Les critères de réflexion sont bien sûr linguistiques mais aussi ethnologiques et religieux. Rien de très scientifique même s’il incline à croire qu’ils ne doivent pas être traités comme des Juifs. C’est pour cette relative « tiédeur » qu’on se débarrasse de lui et qu’on l’envoie sur le front de Stalingrad où la guerre s’enlise.
L’un des attraits du roman, c’est qu’il met ce narrateur fin et cultivé en présence d’autres penseurs dont le discours est intéressant. Il prend le temps de les écouter et de recevoir leur discours : exemple du linguiste qui analyse par exemple la complexité des langues du Caucase, exemple de cet officier bolchévik qui explique l’analogie entre le système nationaliste socialiste et le système stalinien : (p365-370)… Les deux systèmes postulent un déterminisme (qu’il soit racial pour l’un ou économique pour l’autre), il y a toujours un ennemi objectif… et ce qui diffère, ce sont les catégories : les Juifs… / les bourgeois… Pour les deux partis, l’idéal est bien de construire un homme modèle. En même temps, le personnage conclut dans la supériorité du bolchévisme qui veut le bien de l’humanité alors que l’autre veut le bien pour l’Allemand. Cet avis positif ne va pas sans les nuances que souligne l’interlocuteur : l’idée que la Russie ne peut relever le défi, que l’humiliation est inscrite dans le peuple russe et que l’agitation en surface ne peut être qu’un masque.
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16.11.2006
Les Bienveillantes 2/7
Sa place est désormais dans un Stabkommando et son rôle est plutôt celui de l’organisation, pas celui de l’exécution. Il avoue se trouver en conjonction avec la radicalité du régime même s’il n’aurait jamais auparavant imaginé en arriver là… Il admet difficilement la tendance qu’ont certains à jouir du massacre et perçoit comme un devoir la radicalisation des ordres qui arrivent d’en haut : « les » tuer tous… Il médite avec, à l’esprit, l’image de la politique de Staline et en déduit le principe suivant : si tout se fait, c’est toujours au nom d’une terrible nécessité… Et c’est lui qui se retrouve « chargé de tenir la boutique » comme l’indique l’officier qu’il remplace, lequel demande sa mutation, écoeuré par l’ordre, persuadé que le poste est réservé à des « bouchers ». Episode symbolique du petit Yakov qui joue du piano et qui, par accident est amputé puis exécuté : l’officier qui s’était attaché à lui est démis de sa fonction. Le narrateur lui aussi aimait le petit Juif et s’apprêtait à lui fournir de nouvelles partitions pour lui faire connaître d’autres compositeurs. Ainsi, le romancier procède-t-il par petites touches pour montrer que, quelque part, son personnage est cultivé, humain, généreux…
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15.11.2006
Les Bienveillantes 1/7
Après les diverses élections, on parle encore beaucoup des Bienveillantes, et le livre circule... Il suffit de trouver le temps... Voici à partir d'aujourd'hui, quelques notes de lecture afin de servir de guide ou d'instigation à la lecture.
Début de la lecture du « pavé »… Lorsque je referme l’ouvrage pour aller le déposer quelque part ailleurs (au cours d’une journée, je ne lis jamais deux fois de suite dans le même endroit), j’ai l’impression de tenir un ballon de rugby, avec l’intention, du fin fond du terrain, de vouloir défoncer les lignes ennemies qui se dessinent dans un lointain inaccessible… Aujourd’hui, 23 octobre, cette partie appelée « Toccata » dans laquelle le narrateur explique que ce qui lui est arrivé dans le passé, relativement à son rôle dans la mise en œuvre de « la solution finale » aurait pu arriver à n’importe qui… Explication à la page 26. Le narrateur s’est maintenant reconverti de façon tout à fait inattendue, dans la dentelle…
Avant la seconde guerre, le narrateur prend contact avec l’horreur en Ukraine où il est témoin d’exécutions sommaires et où il prend en même temps conscience de la nécessité d’une organisation pour « gérer » le nombre des cadavres. Il est envoyé en mission en France pour sonder le rôle des cercles pacifiques et conforter les alliances. Il s’agit pour lui de « rendre service à la nation », de se sentir utile et son ami Thomas, un rien cynique, l’aide à trouver sa place au sein de ce « Reich » en pleine ascension à la veille de l’invasion de la Pologne. Il échappe à des représailles suite à une rafle dans un secteur homosexuel qui révèle son penchant à l’inversion.
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17.10.2006
Bienveillantes
« Les Bienveillantes »
La compréhension de ce roman dont il faut percevoir la profondeur passe aussi en amont par une réflexion sur les conditions du génocide. D’où le rôle du cours d’histoire dans cette approche d’une œuvre que je n’ai, hélas, pas encore lue !
Exposé de Mélinda : Mélinda est arrivée à lire environ 450 pages et elle trouve que la lecture en devient de plus en plus intéressante au fur et à mesure que l’on progresse dans l’œuvre. On rentre davantage dans la psychologie des personnages et dans l’analyse des éléments sociaux et historique…
Comprendre le contexte dans lequel agit le narrateur du roman
Hanna Arendt : réflexion sur le régime totalitaire.
Il s’appuie sur la volonté de soumettre le plus grand nombre. Ce type de régime se met en place en s’appuyant sur les masses, ce que Ionesco a pu appeler « les rhinocéros ». Dans la masse, l’homme perd sa singularité et croit aveuglément ce que la tête lui demande de croire. Les règles élémentaires de la pensée sont abolies. L’esprit critique disparaît. Faute de mots, la pensée s’appauvrit et « s’exécute » au sens à la fois où elle se donne la mort et où elle obéit, elle suit « les ordres », sans comprendre. On peut évoquer en cela la société totalitaire imaginée par Bradbury dans Fahrenheit 451 où les livres ont disparu car ils sont considérés comme des ferments de danger.
Hanna Arendt : les camps d’extermination.
Dans le camp d’extermination, le « programme » mis en place est un programme d’élimination systématique. Anna Arendt se pose la question suivante : comment exécuter un programme d’une telle barbarie ? Comme l’indique Lévi, ce ne sont plus des hommes qui sont éliminés mais des marionnettes humaines, de sorte qu’aux yeux des exécutants, l’exécution aille de soi. Extrait des Origines du totalitarisme dans lequel l’auteur explique que le camp d’extermination n’est pas seulement un lieu d’exécution mais un lieu d’expérimentation de la déshumanisation. Extrait de Si c’est un homme de Primo Lévi : l’arrivée au camp d’Auschwitz. L’auteur y explique le processus de destruction à laquelle le prisonnier du camp est soumis. .
Hanna Arendt. Le procès d’Adolf Eichmann ou la banalité du mal.
Un tel homme n’est pas un monstre (ce qui aurait été rassurant) mais un homme ordinaire. La réflexion avait été déjà menée par Robert Merle dans son livre : la mort est mon métier. L’auteur explique que le camp fonctionne de la même manière qu’une machine infernale, et que tout fonctionnaire l’actionne avec la même froideur que le personnage de Kafka dans la Colonie pénitentiaire. Le personnage (Rudolf Hoess, commandant d’Auschwitz dans la Mort est mon métier) est le produit d’une société totalitaire qui engendre des individus incapables de penser par eux-mêmes, des individus qui ont perdu ce qui caractérise l’exercice de la liberté et qui n’agissent que par rapport à ce qu’on leur a enseigné.
Extrait de l’interview de J. Littell et de Raul Hilberg sur France Inter. Raul Hilberg : la Destruction des Juifs d’Europe. Lecture d’un article de Claude Lanzmann dans « le Nouvel Observateur ». La question des limites de la fiction par rapport à la réalité effroyable d’Auschwitz.
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18:10 Ecrit par Goncourt | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Les Bienveillantes. Littell. Goncourt. Rentrée littéraire








