04.12.2006
Fleisher en commentaire de texte (1/2)
Retour aux Goncourt à travers un exercice "scolaire" : celui du commentaire. Pour montrer, s'il en est besoin, la valeur littéraire du texte de Fleisher (quoi qu'on puisse en penser !)
Les élèves ont eu à se colleter avec cet extrait. Je publie une proposition de commentaire en deux parties.
Extrait de« l’amant en culottes courtes » p52. 53
(« Parvenu à ce point… Dernier amour. »)
Intro : présenter le rôle de la mémoire dans toute œuvre de nature autobiographique. Rappeler la place de cet extrait dans la construction du roman. Il agit comme un véritable prologue, un avant-goût des analyses de cette « pépite de temps perdu » qui va être saisi « au tamis » de la mémoire : invitation à savourer aux côtés du narrateur les subtiles sensations (et pas seulement sexuelles !) qui recomposent son passé. Annoncer le plan.
L’évocation d’un temps passé (nous allons démontrer que dans ce texte, l’auteur envisage un effort de mémoire pour réveiller le temps passé)
- La localisation d’un « filon » de souvenir : l’auteur présente une période disparue sur laquelle il veut se pencher à nouveau. L’évocation du « journal intime » (ligne 1) écrit à cette période débouche d’abord sur un échec. Pourtant, si la pièce à conviction qui est le témoin de ce temps a bel et bien disparu le « site » est toujours là : ce site est en l’occurrence un « territoire du passé personnel de l’auteur ». Le mot « site » est employé à dessein : parvenu au bord du site de ce qui eut lieu (ligne 42), il insiste particulièrement à la fois sur le caractère réel et en même temps précieux et vertigineux du passé.
- Une période éloignée et bien définie (Temps. Lieu. Personnages) : « ce mois de juillet lointain » (ligne 5) : l’accent est mis sur une période déterminée (connotation du mois de juillet, saison particulière, début de l’été), bien délimitée dans le temps : le mercredi 31 juillet 1957 (ligne 15)… et sur l’impression d’éloignement : rôle de l’adjectif « lointain ». La période est définie et elle enferme en elle de l’espace et des figures concrètes : le 15, Broadlands Road à Londres (ligne 4), une maison du quartier de Highgate à Londres (ligne 13) et une figure de référence : Barbara. A chacun de ces « domaines sacrés » correspondent, comme dans un chantier de fouilles, des éléments concrets : gazon, vieux meubles, (lignes 9 et 10), parfum, chevelure, corps, accessoires… (Ligne 11)
- Une période intense : une pelote de temps : l’examen de cette période révèle une densité particulière qui requiert une attention infinie. L’auteur rejette l’idée d’un classement par thèmes qui défigurerait la valeur du « gisement » qu’il veut revisiter. La métaphore de l’archéologue qu’il emploie à la ligne 32 indique bien par ses connotations la volonté de rigueur qui l’anime dans cette « reconstruction ». Chacune des journées qu’il cherche à reproduire est assimilée à un « tissu » : le verbe « tisser » dans une simple journée est tissée de tout cela à la ligne 30 ne fait pas seulement image, il indique la complexité de l’opération de mémoire qui vise à recomposer, fil à fil, l’écheveau du temps.
Ce texte se présente donc comme un défi à un temps enfoui dans la mémoire qu’il s’agit de recomposer au prix de l’effort intense de l’écriture.
14.10.2006
Amant en culottes courtes
La difficulté qui se pose avec ce livre, c’est son caractère scabreux. Il faut néanmoins souligner la qualité littéraire et l’intérêt de la démarche autobiographique que conduit l’auteur autour de ce fameux séjour en Angleterre de juillet 1957.
L’un des intérêts de ces romans de la rentrée littéraire, c’est aussi qu’ils mettent le lecteur au contact d’autres grands textes de la littérature classique, incontournables pour les candidats de première L qui passent le bac en fin d’année.
Mais sans être polarisé par l’obsession de résultats, je trouve aussi que cela fait partie des plaisirs de la lecture d’être capable de mettre en relation des textes distants les uns des autres et qui finissent par s’éclairer mutuellement.Ce roman serait, à sa manière, un "Proust sous la ceinture" ou "à la culotte", une entreprise de reconstruction du temps perdu et de recomposition d'une mémoire sexuelle (ceci pour réanoblir le texte et parer les attaques !). Il y a, certes, tout un pan de la Recherche qui s’attache à la sexualité et qui « fait mousser » dés la « vulve » de la madeleine, tout un organisme de références plus ou moins troubles. Mais avec Proust, on est dans la suggestion, les sous-entendus, les images, l’élaboration vertigineuse.
Avec ce roman, il s’agit pour l’auteur de retrouver la mémoire des premiers émois de l’épiderme. Et puis, le projet est beaucoup plus limité : un mois d’éducation sentimentale entre le 1er et le 30 juillet (quand le roman de Proust s'étend sur des décennies). Un bouleversement interne dont l’auteur parvient à analyser la substance à travers un astucieux exercice autobiographique en bonne et due forme. Il opère en effet un intéressant va et vient entre le présent de l’écriture et le passé de ce petit garçon victime d’une forme particulière de schizophrénie !
Approche proposée :
- Présentation de Maxence et Claire
- Proust : intertextualité. L’auteur qui se confond avec le personnage du narrateur (signe de l’autobiographie) entreprend un intéressant travail de Mémoire. Il s’agit de remonter par un travail d’élaboration de souvenir dans le Temps et dans cette période désormais lumineuse de son passé entre le 1er et le 31 juillet 1957. D’où la relative « pauvreté » de l’intrigue (les élèves ne sont pas habitués à ce type « d’aventure en boucle » dont l’objet essentiel consiste finalement, comme chez Proust, à « sinuer » autour du temps perdu, à retrouver les sensations, les émotions, la conscience.
- Le projet de A la recherche du temps perdu
- Présentation De l’extrait de Du côté de chez Swann du manuel de première : l’épisode de la madeleine
- Un pastiche de cet épisode dans le roman de Fleisher ? Observation de l’extrait p81-82
- Sujet de commentaire extrait du roman : p52-53 (pages importantes pour comprendre l’entreprise du romancier… J’y reviendrai forcément !)






