17.11.2006
Les Bienveillantes 3/7
Affecté dans une région du Caucase, véritable tour de Babel des peuples et des langues, il réfléchit avec un linguiste sur le statut de juifs des peuples caucasiens… Sont-ils oui ou non juifs ? Les critères de réflexion sont bien sûr linguistiques mais aussi ethnologiques et religieux. Rien de très scientifique même s’il incline à croire qu’ils ne doivent pas être traités comme des Juifs. C’est pour cette relative « tiédeur » qu’on se débarrasse de lui et qu’on l’envoie sur le front de Stalingrad où la guerre s’enlise.
L’un des attraits du roman, c’est qu’il met ce narrateur fin et cultivé en présence d’autres penseurs dont le discours est intéressant. Il prend le temps de les écouter et de recevoir leur discours : exemple du linguiste qui analyse par exemple la complexité des langues du Caucase, exemple de cet officier bolchévik qui explique l’analogie entre le système nationaliste socialiste et le système stalinien : (p365-370)… Les deux systèmes postulent un déterminisme (qu’il soit racial pour l’un ou économique pour l’autre), il y a toujours un ennemi objectif… et ce qui diffère, ce sont les catégories : les Juifs… / les bourgeois… Pour les deux partis, l’idéal est bien de construire un homme modèle. En même temps, le personnage conclut dans la supériorité du bolchévisme qui veut le bien de l’humanité alors que l’autre veut le bien pour l’Allemand. Cet avis positif ne va pas sans les nuances que souligne l’interlocuteur : l’idée que la Russie ne peut relever le défi, que l’humiliation est inscrite dans le peuple russe et que l’agitation en surface ne peut être qu’un masque.
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16.11.2006
Les Bienveillantes 2/7
Sa place est désormais dans un Stabkommando et son rôle est plutôt celui de l’organisation, pas celui de l’exécution. Il avoue se trouver en conjonction avec la radicalité du régime même s’il n’aurait jamais auparavant imaginé en arriver là… Il admet difficilement la tendance qu’ont certains à jouir du massacre et perçoit comme un devoir la radicalisation des ordres qui arrivent d’en haut : « les » tuer tous… Il médite avec, à l’esprit, l’image de la politique de Staline et en déduit le principe suivant : si tout se fait, c’est toujours au nom d’une terrible nécessité… Et c’est lui qui se retrouve « chargé de tenir la boutique » comme l’indique l’officier qu’il remplace, lequel demande sa mutation, écoeuré par l’ordre, persuadé que le poste est réservé à des « bouchers ». Episode symbolique du petit Yakov qui joue du piano et qui, par accident est amputé puis exécuté : l’officier qui s’était attaché à lui est démis de sa fonction. Le narrateur lui aussi aimait le petit Juif et s’apprêtait à lui fournir de nouvelles partitions pour lui faire connaître d’autres compositeurs. Ainsi, le romancier procède-t-il par petites touches pour montrer que, quelque part, son personnage est cultivé, humain, généreux…
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15.11.2006
Les Bienveillantes 1/7
Après les diverses élections, on parle encore beaucoup des Bienveillantes, et le livre circule... Il suffit de trouver le temps... Voici à partir d'aujourd'hui, quelques notes de lecture afin de servir de guide ou d'instigation à la lecture.
Début de la lecture du « pavé »… Lorsque je referme l’ouvrage pour aller le déposer quelque part ailleurs (au cours d’une journée, je ne lis jamais deux fois de suite dans le même endroit), j’ai l’impression de tenir un ballon de rugby, avec l’intention, du fin fond du terrain, de vouloir défoncer les lignes ennemies qui se dessinent dans un lointain inaccessible… Aujourd’hui, 23 octobre, cette partie appelée « Toccata » dans laquelle le narrateur explique que ce qui lui est arrivé dans le passé, relativement à son rôle dans la mise en œuvre de « la solution finale » aurait pu arriver à n’importe qui… Explication à la page 26. Le narrateur s’est maintenant reconverti de façon tout à fait inattendue, dans la dentelle…
Avant la seconde guerre, le narrateur prend contact avec l’horreur en Ukraine où il est témoin d’exécutions sommaires et où il prend en même temps conscience de la nécessité d’une organisation pour « gérer » le nombre des cadavres. Il est envoyé en mission en France pour sonder le rôle des cercles pacifiques et conforter les alliances. Il s’agit pour lui de « rendre service à la nation », de se sentir utile et son ami Thomas, un rien cynique, l’aide à trouver sa place au sein de ce « Reich » en pleine ascension à la veille de l’invasion de la Pologne. Il échappe à des représailles suite à une rafle dans un secteur homosexuel qui révèle son penchant à l’inversion.
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