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26.11.2006
Programme des rencontres Goncourt
Voici le programme officiel des Rencontres tel qu’il vient de nous être communiqué :
- Les écrivains présents à Rennes : Audeguy, Boulin, Miano, Vallejo.
- Les académiciens : E.C Roux, D. Decoin, B.Pivot
- Des éditeurs
- Des critiques journalistes
Nous avons donc en qualité de classe Goncourt, à nous insérer dans la préparation des activités associées à ces deux journées qui conjuguent notamment séances plénières et ateliers.
Par ailleurs, en l’absence de J. Littell, un comédien proposera des lectures que nous devons « préparer » puisque nous sommes l’une des classes à avoir intégré les Bienveillantes à notre tiercé.
15:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, rencontres régionales
24.11.2006
Le climat à Rennes (3/3)
Ensuite on est allé à la mairie. Discours officiels longs et pompeux,
buffet, et départ rapide pour un grand nombre d'entre nous. Nous avons
appris dans le train que les Parisiens étaient invités le soir même à
une réception chez Plon, en présence de l'auteur. Je n'ai pas de
détails, si quelque parisien pouvait nous en donner.
Voilà en quelques lignes notre aventure. En rentrant, 7 heures de train,
on se disait qu'on avait vécu plusieurs jours en un jour, pris dans un
tourbillon, une sorte de transe même. Les élèves n'ont pas vu le jour
passer et sont quasiment restés enfermés pendant deux jours, en comptant
l'étape régionale. Ce qui reste c'est beaucoup de joie. Les élèves
étaient tout à fait conscients de vivre une aventure unique. Et nous
aussi. Je devrais avoir un texte de ma déléguée Nina dans les jours à
venir, je vous le ferai suivre ainsi que mes photos que je vais rentrer
ce soir dans l'ordinateur.
Les documentaristes d'Aloest production étaient là. Toujours aussi à
l'écoute de ce qui se passait. On devrait avoir de belles images par
eux.
06:17 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, technique
23.11.2006
Le climat à Rennes (2/3)
Pour répondre à ta question Agnès, il nous manquait un sixième tiercé,
celui de Paris, qui avait aussi Valléjo et Audeguy. Ils ont reparlé de
tous les livres et Audeguy est finalement revenu en force, 10 voix
contre 12 à Miano.
Tout ça on ne le savait pas. Les profs étaient consignés au
rez-de-chaussée. Vers 12 heures, un train de presse est arrivé,
journalistes, radio et caméra, Sylvie Germain etc... on s'est senti
dépossédé de l'événement. On attendait en bas. Sur l'écran le journal de
FR3 national est passé en direct, encore quelques minutes bien longues
avant que Maxime ne fasse l'annonce publique. Ce jeune canadien a 23
ans, il avait arrêté ses études ce qui explique son âge. En fait les
Canadiens, 13 en tout, 6 présents en France, étaient des volontaires qui
ont lu la sélection en dehors de leurs heures de cours. L'opération est
prise en charge chez eux par une fondation privée qui finance des
projets liés à l'éducation.
06:08 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, technique
22.11.2006
Le climat à Rennes (1/3)
Comment se sont déroulées les délibérations nationales à Rennes ? Je mets en ligne à partir d’aujourd’hui le reportage transmis par une collègue…
« Quelques mots de plus sur la journée à Rennes.
Le dimanche soir nous avons eu un verre d'accueil qui a permis de faire
connaissance, de retrouver les têtes connues, les collègues vus à Paris
en juin. Puis dîner chez Léon le cochon. Les élèves ont vite sympathisé,
les Canadiens se chargeant de l'ambiance, chants et même danse à la
fin... De notre côté ambiance plus sage. Nous avons rencontré
Philippe-Jean Catinchi, critique littéraire au Monde. Nous avons passé
une soirée délicieuse avec lui, il est d'une culture incroyable et
surtout un fervent défenseur du GDL. Ça fait vraiment du bien. Vous le
verrez dans les rencontres régionales de Bruit de Lire, c'est lui qui
animera à Rennes et Montpellier les forum de critique littéraire.
Le lendemain, à 9 heures, les délégués se sont installés à la Chope, une
brasserie du centre de Rennes. Le lieu est assez exigu. La presse
commençait à s'installer, des fils partout. Le jury est resté trois
heures en enfermé. Jeanie nous a dit que les débats avaient été de
qualité… »
06:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, technique
21.11.2006
Les Bienveillantes 7/7
La fin du roman est plongée dans la confusion de la débâcle. Tout échappe à la volonté de l’ordre et de l’organisation. A nouveau blessé et diminué par ses troubles organiques, Max rentre à Berlin où il est soigné par Hélène, mais il ne donne pas de suite à la relation. Il cherche dans la maison de sa sœur le fantôme perdu et se livre à des rituels hallucinés.
C’est Thomas qui vient le chercher pour l’entraîner dans de dernières péripéties à travers un territoire pénétré par l’armée russe. Et toujours les figures des deux policiers qui le poursuivent et qui acquièrent véritablement le statut de « mouches », (p759) : il finit par les abattre l’un et l’autre, comme il exécute froidement l’un de ses anciens amants et même son ami Thomas. Le roman s’achève sur ces dérapages, au milieu du sang et de la confusion et sur le mot « bienveillantes » qui matérialisent les tourments d’un être qui a perdu tout repère.
20.11.2006
Les Bienveillantes 6/7
Avant d’entamer sa mission, il est en Pologne, visite un camp (Lublin), réfléchit avec d’autres officiers dont Eichmann au « problème juif » : comment justifier la politique menée par le Reich ? D’après les autorités, la résistance du ghetto de Varsovie est un exemple de la nécessité de mener une politique d’extermination. Il faut en effet produire un effort particulier pour éliminer les éléments les plus résistants et les plus dangereux. Comme pour une maladie, c’est le résidu final qui est le plus difficile à détruire. Mais Max pose des questions. Est-ce économiquement intéressant de faire disparaître ceux qui ont toujours été nécessaires au fonctionnement de l’économie ? Faut-il se priver d’une main d’œuvre à bon marché ? Et du point de vue moral ? On lui conseille de ne pas se poser de question ou d’appliquer un principe inspiré de Kant : en ce qui concerne le problème juif, le fameux impératif catégorique cher au philosophe fonctionne à peu près de la façon suivante : « agis comme si le principe de ton action serait approuvé par le Führer ». Ce raisonnement est à la base d’une justification qui rappelle la pensée d’Anna Arendt et qui fournit un discours argumentatif type : p544 à 546.
Début 44. Berlin est bombardé de plus en plus souvent et la précarité augmente. Commence avec une nageuse, Hélène, une relation sentimentale et une vie plus régulière. En parallèle, une enquête est ouverte sur la responsabilité de Max dans la mort de sa mère : tout tend à l’inculper mais son statut de haut officier le met à l’abri de la justice. Il est envoyé en Hongrie : le souci majeur du Reich, c’est de trouver de la main d’œuvre capable de supporter l’effort de guerre. Et la main d’œuvre doit être juive. Mais les choses ne sont pas simples avec Budapest et la situation ne s’améliore pas. (Problèmes de l’alimentation, du voyage, de l’hébergement, de la demande en « énergie de travail » de la part de certaines usines… Max ne peut trouver de réponse adéquate et il se heurte à de l’incompréhension de la part des responsables.
19.11.2006
Les Bienveillantes 5/7
Max en est arrivé au stade d’une belle promotion et il espère la réaliser dans son domaine, à savoir le juridique européen (ce qui encore une fois contribue à rendre le personnage sympathique). Mais on lui fait assez vite comprendre que la réussite sous le troisième Reich passe par le sale boulot : ils ont besoin de fonctionnaires de son talent pour réaliser leurs objectifs. La réalité du Reich reste toujours la toile de fond et le lecteur retrouve constamment, au détour des pages, des épisodes dont il a souvenir : par exemple le « lebensborn » : Una, la sœur, s’est mariée « avec un estropié » et elle ne peut avoir d’enfant… une grosse matrone lui suggère de « se faire féconder » par un officier SS, elle parle de « l’assistance eugénique ». Pour le narrateur, cette séparation d’avec sa sœur jumelle est insupportable, elle met un terme intolérable à leur complicité amoureuse.
Au cours de sa convalescence en France, il rend visite à Antibes à sa mère et son beau-père : le malaise règne au cours de l’entrevue. Son but est de les tuer et la référence à « l’Orestie » est implicite, même présence du tragique, même haine sourde de la sœur et du frère… Encore une fois dans ce livre, le meurtre n’est pas présenté comme un acte commis en conscience mais comme quelque chose qui a eu lieu et qu’il a dû commettre (on le comprend) dans un état de schizophrénie pendant son « sommeil ». Si on pousse plus loin le sens de la référence, peut-être peut-on y voir une clé pour la compréhension du titre : on sait que dans la pièce de Sophocle, après le meurtre de son beau-père et de sa mère, Oreste est poursuivi par les fameuses « bienveillantes », celle que Sartre appelle « les mouches ». Elles persécutent l’esprit agité du meurtrier comme Max Aue va être persécuté par ces deux policiers qu’il appelle « les bouledogues » et qui savent tout… Un élément renforce son tourment : il découvre que « les jumeaux » qu’il a vus chez sa mère étaient ceux de sa sœur…
18.11.2006
Les Bienveillantes (4/7)
Autre aspect terrible du roman, c’est cette peinture impitoyable de la nature humaine, plongée dans les conditions de bassesse et de barbarie. Dégradation des corps, horreur des blessures, de la vermine, des bas instincts, pulsions sadiques, excrétions, sexe, chair purulente, spermes, caecum, fesses, verges… Cauchemars… La vie est arrivée à ce point d’horreur que la narration finit par confondre les deux niveaux de la réalité et du rêve… Une figure émerge de cette confusion, le souvenir auréolé de la sœur aimée (p374, exemple de réminiscence visuelle) Le personnage reste attachant par ces élans vers un idéal. Il y a aussi constamment, cet instinct d’humanité qui le distingue des autres : par exemple quand il s’inquiète du sort d’Ivan (fidèle serviteur d’origine bolchévik) qui, aux yeux des autres, n’est qu’un étranger qui doit mourir…
Pour se tirer de cet enfer de Stalingrad dans lequel ils semblent tous perdus, un miracle présenté d’abord comme un rêve : en fait, c’est son sauvetage qui le ramène blessé à Berlin et qui fait de lui un héros du Reich. La blessure consiste en un trou de part et d’autre de la tempe, et cela lui confère une sorte de troisième œil, une acuité cynique qui lui enlève la propension au bonheur facile (image hugolienne qu’il faudra utiliser pour l’étude des Contemplations : p410)...
17.11.2006
Les Bienveillantes 3/7
Affecté dans une région du Caucase, véritable tour de Babel des peuples et des langues, il réfléchit avec un linguiste sur le statut de juifs des peuples caucasiens… Sont-ils oui ou non juifs ? Les critères de réflexion sont bien sûr linguistiques mais aussi ethnologiques et religieux. Rien de très scientifique même s’il incline à croire qu’ils ne doivent pas être traités comme des Juifs. C’est pour cette relative « tiédeur » qu’on se débarrasse de lui et qu’on l’envoie sur le front de Stalingrad où la guerre s’enlise.
L’un des attraits du roman, c’est qu’il met ce narrateur fin et cultivé en présence d’autres penseurs dont le discours est intéressant. Il prend le temps de les écouter et de recevoir leur discours : exemple du linguiste qui analyse par exemple la complexité des langues du Caucase, exemple de cet officier bolchévik qui explique l’analogie entre le système nationaliste socialiste et le système stalinien : (p365-370)… Les deux systèmes postulent un déterminisme (qu’il soit racial pour l’un ou économique pour l’autre), il y a toujours un ennemi objectif… et ce qui diffère, ce sont les catégories : les Juifs… / les bourgeois… Pour les deux partis, l’idéal est bien de construire un homme modèle. En même temps, le personnage conclut dans la supériorité du bolchévisme qui veut le bien de l’humanité alors que l’autre veut le bien pour l’Allemand. Cet avis positif ne va pas sans les nuances que souligne l’interlocuteur : l’idée que la Russie ne peut relever le défi, que l’humiliation est inscrite dans le peuple russe et que l’agitation en surface ne peut être qu’un masque.
16.11.2006
Les Bienveillantes 2/7
Sa place est désormais dans un Stabkommando et son rôle est plutôt celui de l’organisation, pas celui de l’exécution. Il avoue se trouver en conjonction avec la radicalité du régime même s’il n’aurait jamais auparavant imaginé en arriver là… Il admet difficilement la tendance qu’ont certains à jouir du massacre et perçoit comme un devoir la radicalisation des ordres qui arrivent d’en haut : « les » tuer tous… Il médite avec, à l’esprit, l’image de la politique de Staline et en déduit le principe suivant : si tout se fait, c’est toujours au nom d’une terrible nécessité… Et c’est lui qui se retrouve « chargé de tenir la boutique » comme l’indique l’officier qu’il remplace, lequel demande sa mutation, écoeuré par l’ordre, persuadé que le poste est réservé à des « bouchers ». Episode symbolique du petit Yakov qui joue du piano et qui, par accident est amputé puis exécuté : l’officier qui s’était attaché à lui est démis de sa fonction. Le narrateur lui aussi aimait le petit Juif et s’apprêtait à lui fournir de nouvelles partitions pour lui faire connaître d’autres compositeurs. Ainsi, le romancier procède-t-il par petites touches pour montrer que, quelque part, son personnage est cultivé, humain, généreux…






