04.11.2006

Interview de François Valléjo pour Ouest (2/3)

Interview de François Valléjo pour Ouest
faite par les élèves du lycée Victor et Hélène Basch (Rennes) et Anita Conti ( Bruz) (2/3)

On voulait savoir quelles étaient vos sources de documentation ?

FV : Les sources de documentation...à vrai dire pour ce livre là , je n'ai pas cherché véritablement beaucoup de sources de documentation dans le sens où ce sont à la fois des choses que je connaissais bien et puis en même temps quand même j'ai fait des lectures, vous avez raison, en particulier j'ai lu pas mal des petits carnets de Victor Hugo, les petits carnets secrets où il tenait un compte avec un langage codé justement pour que sa famille ne sache pas exactement ce qu'il faisait donc il avait tout un langage qui était décrypté par des répétitions ; on a repéré souvent les majuscules qu'il utilisait, il y avait tout un petit système comme ça et ça a été décrypté il y a une cinquantaine d'année par un chercheur et ça donne des documents extrêmement intéressants justement sur sa vie secrète et donc pour moi ça a été une matière non pas que je l'ai utilisée directement mais en tout cas, c'était aussi une approche de l'esprit du temps et puis j'avais également fait quelques relectures historiques parce qu 'il y a certaines périodes, même si je les connaissait pas mal, - forcément il y a besoin de savoir un certain nombre de choses. Là, c'était purement de la lecture documentaire avec des livres d'histoire un peu pointus, des choses comme ça, mais en réalité ce qui m'intéresse dans la documentation, c'est ce que je peux oublier parce que ce que je n'aime pas dans les livres c'est quand la documentation devient trop voyante, que finalement l'intérêt est de lire la documentation. C'est pas intéressant justement la documentation, elle existe déjà et si elle nous intéresse, on la prend comme documentation. Ce qu'il faut pour moi c'est que la documentation s'efface, soit complètement avalée et soit au service du roman précisément et alors en même temps il faut que ces petits détails pris à la documentation créent cette impression de réalité, de vérité, mais en réalité j'en mets très peu, j'ai voulu le fondre et le faire disparaître pour que ne surnage pour moi que ce qui me semblait le plus important, c'est-à-dire la part romanesque.

L : Quel a été votre déclic ? Qu’est-ce qui a fait qu’à un moment vous vous êtes dit « Tiens, je vais écrire ce livre » ? Comment est-ce que vous l’avez commencé ?

FV : A vrai dire, je l’ai commencé comme je le raconte dans les 3 premières pages. C’est vrai qu’il y a eu cette espèce de choc de photo que j’avais récupérée, que ma mère m’avait donnée, qui était précisément une photo d’un garde-chasse avec un chien noir et dont je savais quelques petites choses mais assez floues et puis cette apparition des images d’Abou Graib avec ce chien que j’ai vraiment trouvé semblable, très proche. Donc, ce n’est pas une blague ce que j’ai raconté au départ. C’est quelque chose de totalement vrai ; ça a été un point de départ parce qu’il pouvait y en avoir d’autres. J’avais fait un précédent livre où il y avait déjà un Lambert. J’avais déjà l’idée d’en faire une suite qui reprendrait le même type de personnage à une époque différente
Mais ce qui a déclenché ce 2ème départ, c’est cette histoire de photo. A partir de là, évidemment ça s’est mis en place et j’ai oublié la photo. La part autobiographique s’est complètement éteinte. Trois pages ce n’est pas beaucoup. Après on part dans l’imaginaire, dans la narration.


L : On s’est intéressé au style du roman. Pourquoi utilisez-vous le style indirect libre et quel effet recherchez-vous ?

FV : Pour moi, en effet, c’était devenu quelque chose d’important - justement puisque je parlais de l’Ouest, un monde avec une frontière un peu floue, c'est-à-dire on ne savait plus de quel côté du pays on était du point de vue politique. Est-ce qu’on était du côté des Chouans ? Est-ce qu’on était du côté des Républicains ? Qu’est-ce qu’on pense ? Le baron devrait être un homme du côté de la Chouannerie alors qu’il est du côté de la République. Les frontières sont brouillées et l’époque dans laquelle j’avais voulu le mettre l’est aussi ; on vient de quitter une monarchie : il y a la révolution qui date de 60 ans avant et au fond, on est dans ce mélange de régimes politiques. On est dans ce flou et précisément j’ai voulu un style qui rende compte de l’abolition des frontières, c'est-à-dire qu’on ne sait plus de quel côté on est, justement en faisant une narration qui est à la 3ème personne mais en même temps, une narration qui intégrait d’une part, la pensée des personnages, en particulier Lambert mais aussi la pensée de Magdeleine . Donc on passe de l’un à l’autre et en même temps, les paroles des personnages, les dialogues sont confondus dans la narration ; On voit tout se recouvrir. On passe de l’un à l’autre. On est dans cette même abolition de frontières entre les différents niveaux de paroles. Je voulais rendre compte de cette incertitude, ce sont des mondes parallèles (…). Ça correspond à mon projet, qu’il y ait un seul flux de voix, que ces voix soient en décalage permanent. (…)

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