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31.10.2006
Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (2/4)
Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (2)
Vous en avez écrit un livre d’ailleurs...
J’en ai écrit un livre que je ne pensais pas écrire à ce moment là.
Livre qui est superbe pourtant !
Merci. Et cet à ce moment là donc que... mais ça c’est bien plus tard puisque j’avais 23 ans que je me suis dit bon maintenant tu as fait le tour de la question tu es rentrée au Japon tu as vu ça marche pas non plus. D’autre part tu écris tu le sais, depuis longtemps. Qu’est ce que tu risques à envoyer un manuscrit à un éditeur ? Tout ce que tu risques c’est être ridicule ; mais regarde tu es déjà ridicule. Mais regarde tu es Dame pipi dans une compagnie japonaise franchement... Est-ce que tu as déjà perdu la face il ne peut rien t’arriver de pire. Donc finalement j’avais raison, c’est bel et bien grâce au Japon mais d’une façon bien sûr, totalement paradoxale.
Mathilde : Donc le premier manuscrit que vous avez envoyé aux éditeurs c’était le récit de... ?
Pas du tout ! « Stupeur et tremblements » est venu bien plus tard ! Le premier roman que j’ai écrit juste après et que envoyé aux éditeurs c’est le premier publié à savoir « Hygiène de l’assassin ». Vous savez à l’époque j’avais pas trop envie de me vanter de ce qui m’était arrivé au Japon. Je n’aurais jamais imaginé que j’en tirerais un roman, plus tard. Si j’ai pu, huit ans plus tard écrire sur ce sujet c’est parce que sans doute j’étais un écrivain avec son petit succès et que je me suis dit bon finalement la honte est passée maintenant je peux me risquer à parler de tout ça.
Et justement pour « Hygiène de l’assassin » on a beaucoup beaucoup aimé vraiment ce livre et on voulait savoir pour le personnage de Prétexta si vous vous étiez inspiré d’idées... de vos idées ou alors d’idées que vous trouviez autour de vous, de gens arrogants ?
C’est très gênant. Vous allez peut-être, être très choquée par ma réponse mais la vérité c’est que, vraiment je me suis inspirée de moi ! Bon comprenons nous bien quand j’ai écrit ce livre j’avais 23 ans je me suis dit « t’es comme tout les écrivains, t’a envie de parler de ton nombril, or ton nombril n’a vraiment aucun intérêt. Comment me rendre intéressante, eh bien je vais me déguiser en mon contraire ! Je suis une femme, prenons un homme. Je suis jeune, prenons un vieillard. Je suis relativement aimable, prenons un être parfaitement odieux. Je ne suis absolument pas célèbre, prenons un prix Nobel de littérature. Moyennant ce déguisement, derrière lequel personne ne pourra me reconnaître je pourrai faire passer toutes mes idées parfois de façon un peu monstrueuse. Mais je peux dire que globalement j’endosse tout ce qu’il dit, sauf que je ne suis pas misogyne mais sans être misogyne le moins du monde il m’arrive d’être très irritée par certaines attitudes féminines ! Et je dirais que ma seule vraie différence avec Prétexta, c’est que je n’enlèverai aucune page à la Princesse de Clèves ! Je trouve que ce livre est parfait !
Avez-vous des livres préférés ?
Ma liste de mes livres préférés est infinie bien sur, il y a la princesse de Clèves, les Liaisons Dangereuses, le bal du comte d’Orgel, le Coup de grâce, le Pavillon d’or… la liste est très longue.
Quel est votre livre de chevet ?
Il y a un livre que je lis chaque année, et pourtant ce n’est pas celui que j’ai le plus relu de ma vie, mais chaque année je me lis le portrait de Dorian Grey. Il y a mille raisons aussi bien littéraires que psychologiques de relire ce livre.
Vous inspirez-vous de ces livres ?
Ce n’est pas si simple, je trouve que ce serait une très vilaine façon de rendre hommage à ces livres que de m’inspirer d’eux. D’autre part, il est certain que le fait de les avoir tellement lus, m’a influencée mais dans mon inconscient, ce n’est pas un acte volontaire. Je ne me dis pas « bon, faisons comme Oscar Wilde », (ce serait d’ailleurs du dernier ridicule de se prendre pour Oscar Wilde !). Je suis moi, mais avec toutes mes composantes c’est comme Prétexta dit : « on écrit aussi avec ce que l’on a mangé, mais dans ce que l’on a mangé il y a aussi bien la littérature que la nourriture », donc ça fait partie de moi.
A notre âge, aimiez-vous les cours de français ?
Je n’étais pas très bonne. Je n’avais pas de très bons points ni de très bons résultats ni en dissertation, ni en composition française. Mais bon, j’ai toujours aimé lire à côté de ça, donc je n’étais pas rétive au moment où il y avait les listes de lecture.
07:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, Nothomb
30.10.2006
Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (1/3)
Une collègue a gentiment mis à disposition le bilan d’interview d’Amélie Nothomb à Rennes, je la fournis en plusieurs épisodes.
Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (1/4)
Comment vous décririez vous en un seul mot ?
Hou la ! C’est vache comme question, j’ai vraiment envie de vous la renvoyer. Si vous deviez me décrire en un seul mot qu’est ce que vous diriez ? J’a tellement peu de perception de moi.
Armandine : Moi je dirais déjantée.
Mathilde : Géniale.
Anna : Talentueuse.
Pierre : Et mystérieuse.
Bon alors je préfère m’en remettre a votre jugement je crois que j’y gagne beaucoup !
Avez-vous tenu un journal intime dans votre jeunesse ? Qui aurait été comme un déclencheur.
Eh bien non parce que justement je suis une grande paranoïaque, et je suis absolument sûre que si j’avais tenu un journal intime quelqu’un aurait chercher et réussi à le lire. Je suis absolument sûre que si j’avais surpris ce quelqu’un en train de lire mon journal je n’aurais pas pu m’empêcher de l’assassiner. Donc dans le but de ne pas assassiner mon prochain, je n’ai pas écrit de journal intime.
Donc vous vous êtes inspirée de vous pour le personnage dans Journal d’Hirondelle ?
Oui mais de toutes les composantes de moi, je suis aussi bien Urbain qu’Hirondelle ou que Youri, je me donne pour devoir d’assumer tout mes personnages. Ils doivent tous avoir leur légitimité. Même quand le pire d’entre eux entre en scène je dois accepter d’être lui parce que sinon on ridiculise ses personnage, je les assume tous.
Ce n’est pas trop dur de s’appeler Amélie Nothomb ?
C’est une question intéressante, il y aurait beaucoup de façons d’y répondre. Il faut quand même voir que même si c’est difficile c’est quand même surtout un cadeau. Tant de gens écrivent, tant de gens voudraient être publiés, quand ils le sont tellement voudraient que ça marche pour eux, j’ai un peu l’impression d’avoir gagné au Loto, je trouve que se serait un petit peu insupportable que je me plaigne. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des aspects difficiles mais je vois ça plutôt comme un privilège. Il y a aussi une autre façon de répondre a cette question c’est que je viens de Belgique ou mon nom était lourd à porter pour diverses raisons, et j’ai voulu être publiée sous pseudonyme quand je suis arrivée en France pour tenter d’être publiée, et l’éditeur m’a dit « Vos histoire belco-belges je m’en fiche complètement, moi je trouve que Nothomb ça sonne bien donc j’oublie votre désir de pseudonyme et vous vous appellerez de votre vrai nom Amélie Nothomb » A ce moment je l’ai mal vécu, et pendant les premières années en Belgique toutes mes interviews commençaient mal parce que on me disait toujours « Qui êtes-vous par apport à tel ou tel Nothomb », j’avais toujours ce poids sur mes épaules et maintenant ce n’est plus le cas même en Belgique ils ont oublié tout ce que ce nom cachait de lourd à porter comme si maintenant Nothomb en Belgique signifiait Amélie. Alors je le vis comme une très grande victoire car c’est comme si cette notoriété avait effacé les notoriétés plus lourdes à porter qui m’ont précédée dans mon pays.
Comment expliquez vous cette notoriété ?
L’expliquer j’en suis incapable, franchement je vous le dit avec une sincérité absolue si on m’avait dit à votre âge que cette histoire aller m’arriver, je ne l’aurais jamais cru et je ne pense pas non plus que je l’aurais souhaité. Quand j’ai tenté la publication je ne m’attendais même pas a être publiée. Quand j’ai été publiée je m’attendais encore moins à ce que ça marche ! Donc je dois dire que je vis ça avec une stupéfaction qui me fait peur parce que je trouve que chaque année c’est plus incroyable. Parce que sommes des gens qui deviennent célèbres, et il y en a plus chaque année, mais le plus étonnant c’est que ça dure. Le plus difficile ce n’est pas seulement valable pour la notoriété, c’est valable pour tout, pour l’amour pour l’amitié, le plus difficile en tout c’est de durer ! Et de voir que ça dur c’est certainement ce qu’il y a de plus incroyable dans l’affaire !
Justement par rapport à cette notoriété comment vous le vivez ? Comment vous l’expliquer ?
Alors l’expliquer j’en suis incapable ! Franchement je vous le dis avec une sincérité absolue si on m’avait dit à votre âge par exemple que cette histoire allait m’arriver mais je ne l’aurais jamais cru et je ne pense pas non plus que je l’aurais souhaiter... Quand j’ai tenté la publication je ne m’attendais même pas à être publiée et quand j’ai été publiée je ne m’attendais encore moins à ce que ça marche ! Donc je dois dire que je vis ça avec une stupéfaction qui ne cesse pas parce que je trouve que chaque année c’est plus incroyable parce que des gens qui deviennent célèbres il y en a chaque année. Mais le plus étonnant c’est que ça dure, ça ce n’est pas fréquent le plus difficile c’est pas seulement valable pour la notoriété c’est valable pour tout. C’est valable pour l’amour c’est valable pour l’amitié ; le plus difficile en tout c’est de durer et de voir que ça dur, c’est sans doute le plus incroyable dans l’affaire...
Mathilde : Et justement vous dites qu’à notre âge jamais vous ne vous seriez imaginer vivre comme ça, comment vous étiez à notre âge ?
Ouh ! J’étais très mal. J’imagine que vous avez seize ans j’étais pas si bien que vous ! J’étais en train de sortir d’une très longue et très douloureuse anorexie, j’avais des problèmes de santé à n’en plus finir. Je n’avais aucun ami j’était extraordinairement seule, heureusement que j’avais une sœur parce que si je n’avais pas eu de sœur je n’aurais eu aucune compagnie...
C’est la « Juliette » dont vous parlez dans « Biographie de la faim » ?
Voilà, exactement ! Oh je vois que vous avez lu d’autres livres de moi...
Franchement quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard moi je me souviens je me disais « mais comme si j’avais un avenir » Je n’était pas punk physiquement mais je l’étais dans ma tête en ceci que vraiment « no futur » ! Le seul avenir que je pouvais endosser c’était l’idée de retourner au Japon. Pour moi vivre au Japon c’était une ambition suffisante : c’était le pays de ma naissance, c’était le pays de mes premiers souvenirs je me disais si tu peux ne serait-ce que retourner sur cette terre tu seras sauvée et peu importe de là tu feras n’importe quoi. C’est ce qui s’est passé d’ailleurs je suis retournée au japon et vraiment j’ai fait n’importe quoi et tellement n’importe quoi que même moi avec mon peu d’ambition, non comme même … Dame pipi c’était...
La suite demain.
18:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, Nothomb
28.10.2006
Perspectives (3/3)…
J'ajoute aujourd'hui la suite du programme des Rencontres tel que l'Association Bruit de Lire me l'a communiqué...
Des ateliers : chacun y participera en plus petit comité accompagnée de deux autres classes, chaque classe assistera à trois ateliers différents : l’un avec des académiciens pour parler de l’institution littéraire (comment devient-on membre de l’académie Goncourt ? comment travaillent les académiciens Goncourt ? Quels sont les critères de sélection des romans et du prix ? Un autre atelier avec un éditeur ou directeur de collection pour mieux comprendre la chaîne du livre (qu’est-ce qu’un éditeur ?comment découvre-t-on un auteur ? Quels sont les risques ? Est-il facile d’être éditeur aujourd’hui ?) Un dernier atelier avec un critique littéraire, pour faire partager le plaisir de lire et de transmettre (comment s’y retrouver parmi tant de livres ? Comment aborder un ouvrage ? A-t-on le droit de tout dire dans une critique ? Comment justifier son avis ?
Le plateau de rédaction : le journal du Goncourt sortira deux numéros pendant les deux jours des rencontres. Un plateau de rédaction sera ouvert en permanence accueillant le comité de rédaction du lycée de Sévigné mais aussi tout ceux que tentent l’interview, le billet d’humeur ou les scoops de couloirs. Ils travailleront avec l’aide des animateurs. Dès la rentrée, inscrire un élève motivé, sachant que sa participation au comité de rédaction lui prendra une demi-journée sur le temps des rencontres.
La soirée. Nous proposerons aux lycéens la soirée musique le jeudi 7 décembre. C’est une demande qui est faite chaque année. Au menu musique de jeunes musiciens, un bar sans alcool et du temps pour discuter… cette soirée se terminera vers 22 h 15 les retours dans les hôtels se feront au plus tard 23 heures.
07:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, rencontres régionales
27.10.2006
Perspective (2/3)
« 15 classes participent à ces rencontres. Le rendez-vous est fixé au centre culturel le Triangle, à Rennes, vers 8 h 30 jeudi 7 décembre. Seront proposées des viennoiseries et des boissons chaudes. Cinq ou six auteurs et leurs éditeurs, deux ou trois académiciens et deux ou trois critiques littéraires sont attendus.
Il est nécessaire pour profiter des rencontres de les préparer. Un schéma de programme permettra de comprendre comment se passeront les journées. Des séances d’harmonisation ont lieu le jeudi matin à partir de neuf heures. Elles rassemblent les élèves de chaque classe qui seront sur scène à côté de l’auteur pour poser des questions. Dès la rentrée, deux élèves se seront inscrits pour chaque rencontre avec un auteur (sachant qu’un élève ne peut pas participer à plusieurs séances). Ces séances de travail permettent aux élèves de chaque classe d’harmoniser les questions préparées ; ce sont les professeurs et documentalistes qui animeront ces séances.
Des séances plénières auront lieu autour des écrivains. Tous les lycéens seront rassemblés dans un auditorium. Les élèves qui auront participé à la séance d’harmonisation monteront sur scène pour s’installer auprès de l’écrivain. L’entretien lycéens-écrivains pourra commencer. D’abord sur scène puis dans la salle. Les lycéens sur scène sont là pour amorcer le débat avec des questions préparées. »
Demain, j’évoque les ateliers et la soirée.
06:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, rencontres régionales
26.10.2006
Perspectives (1/3)
« Voici les informations pratiques pour le 1er tour des délibérations du Goncourt des Lycéens le vendredi 10 novembre prochain à Rennes.
L'élève délégué et le professeur qui l'accompagne seront attendus pour 9h30 à la Brasserie La Chope à Rennes (rue de la Chalotais).
Les délibérations commenceront à 10h00 précises.
L’association Bruit de Lire réunira pendant la matinée les professeurs pour présenter les rencontres Goncourt des 7 et 8 décembre.
La Fnac de Rennes organisera ensuite un déjeuner. Les retours pourront avoir lieu à partir de 15h00. »
Dans le même ordre d’idée, demain, j’évoque ce que je sais des rencontres qui se tiendront, je le rappelle, les 7 et 8 décembre prochains.
20:38 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, délibérations régionales
Repli stratégique
Précieuse période de repli pendant laquelle les élèves font devoir fourbir leurs armes ! Différentes batailles sont prévues pour la rentrée : d’abord et surtout, celle des romans de la sélection qu’il faut départager afin d’élaborer le tiercé gagnant de la classe et de le défendre devant les autres lycées. Les rencontres régionales ont lieu le 10 novembre et les rencontres nationales le 13 novembre…
Pour cela, ils ont à préparer l’argumentation qui accompagnera la présentation de leur choix personnel. Cela donnera lieu à un exercice oral devant les autres. En effet, il faut non seulement que l’on s’entende en classe sur le tiercé mais aussi que l’élève délégué écoute et reçoive les arguments à agiter aux moments des délibérations.
L’autre mission qu’ils ont à accomplir, c’est, du moins pour ceux qui le souhaitent, de préparer un discours d’investiture au cas où ils désirent être le délégué représentatif de la classe. Cela sera déterminé le mardi de la rentrée, pour une « entrée en fonction » dès le vendredi matin.
Enfin, toujours à propos de Goncourt, les Académiciens viennent de publier leur sélection des quatre meilleurs à départager et, pour une fois, je les approuve assez ! Littel, Schneider, Vallejo et Fleisher.
06:36 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, préparation de l'élection
23.10.2006
Alain Fleicher et ses culottes courtes
par manon et margaux Tout d'abord même si ce livre est un peu trop dirigé vers le même sujet, il reste tout de même un roman captivant et bien écrit ! Alain Fleicher n'a pas cherché a cacher certains passages de sa vie sentimentale. Au contraire, il nous raconte tout les détails, même ceux des passages les plus farfelus ! C'est peut-être cette raison qui fait que ce livre est apprécié par certain et rejeté par d'autres. De plus, l'histoire est facile à comprendre, l'écriture est claire et développée. Pour notre part, nous trouvons que c'est un livre plutôt intéressant, même si certaines scènes sont plutôt difficiles a lire. Nous conseillons donc a tout le monde de s'y intéresser, car il le mérite !
17:12 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.10.2006
Latitudes du lecteur
Texte rédigé à partir des propositions d'élèves autour du livre du Goncourt des lycéens
Je me promène dans un Hollywood de la littérature. Le flash des photographes surexpose chaque page. Je glisse sur le tapis rouge du texte, le strass et les paillettes des mots, la limousine de la syntaxe. J’avance sur le Sunset Boulevard d’un roman lumineux au bout duquel je vois briller, comme sur une enseigne, le visage tourmenté de Marilyn. Les sables du désert de Mojave rentrent un peu sous mes paupières, mais le moteur des Pontiac, des Buick se mêle à la rumeur des caméras qui filment, jusque dans mon sommeil et sur mon divan, les stars de Beverly Hills.
Et maintenant, comme un bolide diaboliquement lancé sur le périf parisien, j’avance à toute vitesse dans le Quartier général du bruit. Les rues peuplées soulèvent des nuées de lettres, toutes emmêlées les unes aux autres. Rêve de tour Eiffel de mots, de quai Branly de métaphores, d’avenue des Champs-Élysées pavée de livres d’or.
Le lingot s’appelle Alan, et j’effleure de mes doigts un gros livre capitonné comme le siège d’un bus rouge, un bus anglais qui m’amène hors des sentiers battus. Le bus avance vite, aussi vite que ma lecture du roman dont le trajet est secoué par de rares arrêts et de multiples rebondissements. Je longe les quais de la Première Fois, je ne vois plus tourner le Big Ben de mon horloge et me plonge avec délice dans le tumulte d’une Tamise amoureuse.
Les lettres s’envolent. Je surfe sur la page nette. Les mots d’amour sont des mails qui s’affichent sous mes yeux. En haut de mon écran, et de ma conscience, clignote encore une phrase obsédante « je ne t’aime plus »... Les chapitres sont des claviers dont les touches écrivent le scénario d’un long roman.
La couverture du livre érige une haute barrière à escalader. Mais je grimpe, je grimpe et je m’accroche et je saute dans le vide. Derrière les fils barbelés des mots, des images, au son d’une syntaxe obsédante, je passe douloureusement dans l’Allemagne de 1939.
Tout est autour de moi, aride, tourmenté. Une lourde atmosphère... Je m’enfonce dans l’Afrique profonde d’un autre livre. De page en page, le tam-tam de mon cœur accélère la cadence… Je veux savoir, je veux tout savoir, je veux tout savoir... Je marche vite, je suis maintenant dans l’Afrique de ma passion et, frénétique, je me dirige vers le Mboasou. J’aperçois enfin quelques familles, je discute avec une petite fille. Elle a dix ans. Elle est belle et têtue, elle me ressemble… Je ne renoncerai pas ! Moi non plus, je ne renoncerai pas ! La pluie de l’émotion envahit la page… Une pluie diluvienne qui embue les yeux et coule sur les joues. Et au fur et à mesure que je tourne les pages, et que le tam-tam continue de cogner, j’enfonce les doigts dans la boue du vice et du crime.
Faire ses valises pour partir en voyage, partir loin d’ici, partir et aller vers les mille et unes pages de l’Orient. Glissée entre deux oreillers, chaque page est une minute passée à dos de chameau en quête de vestige passé. Où suis-je ? J’ai beau regarder à l’horizon, fermer et rouvrir les yeux, même les frotter…je n’aperçois que du sable, aucune trace de pas…je me retrouve seule dans ce Sahara de lecture. Mais la lecture est un oasis. Après le désert aride des autres romans, je me désaltère avec délices de ses eaux dorées sous laquelle règne le soleil inversé de Lawrence d’Arabie. Sous le coin de chaque page, une ombre, celle d’un homme… je le devine tout au long de ma lecture, je le vois s’approcher. Il me relève, me donne à boire. Je veux toucher son visage, je m’en approche, j’y suis presque, plus que quelques centimètres…ce que je touche, c’est mon livre.
09:24 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture collective, lecture
Une hirondelle au Père Lachaise
« une hirondelle au Père lachaise»
Il est difficile de trouver matière dans ce livre qui se lit tout seul et qui enchaîne, un peu trop facilement, les épisodes. J’y ai repéré cependant un passage dans le livre au cours duquel l’auteur se livre à un intéressant exercice de réécriture.
Son personnage de tueur sombre de la manière la plus inattendue qui soit dans la mélancolie de l’amour. Mélancolie au sens fort puisque, une fois de plus en littérature, Eros rejoint Thanatos ! (Amour et mort indissociablement liés) Et pour cause ! Le malheureux vient d’abattre froidement la jeune fille dont il tombe ensuite amoureux…
Cela donne lieu à un plaisant vague à l’âme de l’abatteur abattu dans le lieu hautement romantique du Père-Lachaise. C’est l’occasion de rappeler le sens littéraire de « romantisme » et d’évoquer la figure de Nerval qui est implicitement cité dans le passage choisi.
Texte pages 96-97
Rappel de la situation. Après le crime de la jeune fille et l’épisode de l’hirondelle.
Un jeu sur la figure de l’assassin : des éléments attendus, qui renvoient à la réalité du crime dans lequel il est impliqué : relever ces éléments… et, en même temps, des éléments de surprise qui correspondent à un tournant dans son existence (et c’est tout l’enjeu du roman, montrer comment l’assassin peut être sensible et tomber amoureux) : relever les éléments qui renvoient à la tendresse et à la sentimentalité. Commenter la formule « révolver constellé ».
Un univers romantique : le romantisme du XIX°, celui qui est associé au sentiment des ruines et à cette attirance particulière pour les cimetières et la mort. Des noms et des références à fixer… Ce cadre et le sentiment que le héros ressent sont à l’origine d’une transformation : un autre rapport au monde (dans la façon de le ressentir mais aussi de le comprendre) : sensibilité à fleur de peau, lyrisme, idéalisme.
Remarque : comment le narrateur a-t-il acquis cette culture littéraire au point de tutoyer les poètes et d’intégrer les citations de vers à ces rêveries ? Cela aurait supposé un travail supplémentaire sur la personnalité du narrateur à moins que le narrateur ne soit simplement que le masque fantasmé d’un auteur cultivé, amateur de poésie romantique.
09:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nothomb, Goncourt lycéens, romantisme
19.10.2006
« Fils unique » en son genre.
« Fils unique » en son genre.
On connaît l’austérité du petit frère (Jean Jacques !) lequel n’évite pas les épisodes savoureux et scabreux dans ses Confessions, mais on ignore tout des frasques du frère, François Rousseau !... C’est réparé !
Fils unique fournit en tout cas l’occasion d’un travail sur le libertinage. Objet d’étude de la première : « un mouvement littéraire et culturel du XVI° au XVIII° ». Le roman offre le regard précis et décalé d’un personnage haut en couleur… François prend sa part du plaisir associé au libertinage de mœurs, généralement attaché à ce mouvement (on pense à Dom Juan, Valmont et autres Casanova, mais il appartient aussi au libertinage de pensée qu’on a trop facilement tendance à oublier au sujet de cette période. L’éducation que François a reçue est en effet marquée par la libre pensée si caractéristique du XVII° siècle qui a vu fleurir la première pensée libertine…
Cette évidence m’amènera à choisir tout naturellement par la suite l’étude de Don Juan de Molière. Cet aristocrate bourreau des cœurs tient notamment des discours sur les femmes qu’il sera intéressant d’éclairer par le biais du roman d’Audeguy. Les discussions dans le « salon des Poissonnières » qu’il relate à la fin de son roman sont édifiantes. Il y a là des énoncés qui s’opposent et révèlent des conceptions radicalement opposées. Je fais lire aux élèves un extrait de la Colonie de Marivaux pour bien montrer que ces idées-là sont dans l’air du temps…
En même temps, un détour par une lettre de Valmont (et peut-être aussi la projection du film les Liaisons dangereuses seront les bienvenus… Des extraits du roman soulignent certains aspects de la société du XVIII°. La barbarie de « la nation civilisée », la légèreté des mœurs, les privilèges des nobles, le développement de la pensée scientifique aussi bien dans les salons que dans les lieux expérimentaux : en particulier, cet épisode cocasse du roman où le héros, expert en horlogerie, met au point un automate doté de performances sexuelles assez édifiantes !
Ajouter au passage la référence à l’illustre petit frère : pourquoi a-t-il écrit ses Confessions ? Il y a des aveux difficiles à Jean Jacques, des aveux qui font rire sous cape le libertin, aveux d’une perversité refoulée, un penchant à un certain masochisme… Evoquer aussi ces aveux de Jean Jacques dans le cadre d’une réflexion sur la difficulté d’écrire sur soi et de rester sincère. Et puis, à cette occasion, en venir au fameux épisode du ruban volé dont Audeguy nous offre une version nouvelle : ce travail figurera dans l’objet d’étude « réécriture ».
Organisation de ces pistes pour le cours de présentation
Ce travail vise notamment à donner des pistes pour l’objet d’étude : « un mouvement littéraire et culturel : le libertinage »
Exposé de Manon. Manon présente les différentes étapes de ce roman qui couvre tout un siècle puisque François, né en 1705 meurt à plus de 90 ans…
Présentation du livre en contexte
Intro : au cœur du XVIII° siècle connu pour être le siècle des Lumières mais aussi un siècle traversé par les courants de pensée libertine dont l’origine remonte au XVII°, pensée critique qui met à distance les fondements de l’édifice social en place (société de l’Ancien Régime). Cette dimension du mouvement est encore très présente au XVIII°, mais elle se mêle également à une autre tendance : celle du libertinage de mœurs…
Les deux frères en tête à tête
Rousseau dans Fils unique
Rousseau dans les Confessions (Extrait du livre 1)
Le cas Jean Jacques : origine des Confessions. Pourquoi Rousseau a-t-il décidé d’écrire cette œuvre ? (Les sources du biographique)
Les douloureux aveux. L’objectif des Confessions est la réhabilitation de l’auteur.
Un exemple de « l’examen de conscience » : l’épisode du peigne brisé : dans les Confessions, dans Fils unique (p82-83)
Activités dirigées
Cavalcade au cœur du XVIII° siècle à partir de quelques extraits du roman d’Audeguy :
La société de l’Ancien Régime et ses usages (p131-132).
La persistance de la barbarie (p155-156).
La liberté des mœurs et la corruption (41-42 / p131-132).
L’esprit scientifique (expériences et conception d’automates « d’avant-garde » ! p140-141).
Le goût de la conversation et du choc des idées (p224-229)
Discussion de salons
Le club des Poissonnières et le statut de la femme (p224-229)
Le théâtre tribune : extrait de la Colonie de Marivaux
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