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31.10.2006

Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (2/4)

Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (2)


Vous en avez écrit un livre d’ailleurs...

J’en ai écrit un livre que je ne pensais pas écrire à ce moment là.

Livre qui est superbe pourtant !

Merci. Et cet à ce moment là donc que... mais ça c’est bien plus tard puisque j’avais 23 ans que je me suis dit bon maintenant tu as fait le tour de la question tu es rentrée au Japon tu as vu ça marche pas non plus. D’autre part tu écris tu le sais, depuis longtemps. Qu’est ce que tu risques à envoyer un manuscrit à un éditeur ? Tout ce que tu risques c’est être ridicule ; mais regarde tu es déjà ridicule. Mais regarde tu es Dame pipi dans une compagnie japonaise franchement... Est-ce que tu as déjà perdu la face il ne peut rien t’arriver de pire. Donc finalement j’avais raison, c’est bel et bien grâce au Japon mais d’une façon bien sûr, totalement paradoxale.

Mathilde : Donc le premier manuscrit que vous avez envoyé aux éditeurs c’était le récit de... ?

Pas du tout ! « Stupeur et tremblements » est venu bien plus tard ! Le premier roman que j’ai écrit juste après et que envoyé aux éditeurs c’est le premier publié à savoir « Hygiène de l’assassin ». Vous savez à l’époque j’avais pas trop envie de me vanter de ce qui m’était arrivé au Japon. Je n’aurais jamais imaginé que j’en tirerais un roman, plus tard. Si j’ai pu, huit ans plus tard écrire sur ce sujet c’est parce que sans doute j’étais un écrivain avec son petit succès et que je me suis dit bon finalement la honte est passée maintenant je peux me risquer à parler de tout ça.

Et justement pour « Hygiène de l’assassin » on a beaucoup beaucoup aimé vraiment ce livre et on voulait savoir pour le personnage de Prétexta si vous vous étiez inspiré d’idées... de vos idées ou alors d’idées que vous trouviez autour de vous, de gens arrogants ?

C’est très gênant. Vous allez peut-être, être très choquée par ma réponse mais la vérité c’est que, vraiment je me suis inspirée de moi ! Bon comprenons nous bien quand j’ai écrit ce livre j’avais 23 ans je me suis dit « t’es comme tout les écrivains, t’a envie de parler de ton nombril, or ton nombril n’a vraiment aucun intérêt. Comment me rendre intéressante, eh bien je vais me déguiser en mon contraire ! Je suis une femme, prenons un homme. Je suis jeune, prenons un vieillard. Je suis relativement aimable, prenons un être parfaitement odieux. Je ne suis absolument pas célèbre, prenons un prix Nobel de littérature. Moyennant ce déguisement, derrière lequel personne ne pourra me reconnaître je pourrai faire passer toutes mes idées parfois de façon un peu monstrueuse. Mais je peux dire que globalement j’endosse tout ce qu’il dit, sauf que je ne suis pas misogyne mais sans être misogyne le moins du monde il m’arrive d’être très irritée par certaines attitudes féminines ! Et je dirais que ma seule vraie différence avec Prétexta, c’est que je n’enlèverai aucune page à la Princesse de Clèves ! Je trouve que ce livre est parfait !



Avez-vous des livres préférés ?

Ma liste de mes livres préférés est infinie bien sur, il y a la princesse de Clèves, les Liaisons Dangereuses, le bal du comte d’Orgel, le Coup de grâce, le Pavillon d’or… la liste est très longue.


Quel est votre livre de chevet ?

Il y a un livre que je lis chaque année, et pourtant ce n’est pas celui que j’ai le plus relu de ma vie, mais chaque année je me lis le portrait de Dorian Grey. Il y a mille raisons aussi bien littéraires que psychologiques de relire ce livre.


Vous inspirez-vous de ces livres ?

Ce n’est pas si simple, je trouve que ce serait une très vilaine façon de rendre hommage à ces livres que de m’inspirer d’eux. D’autre part, il est certain que le fait de les avoir tellement lus, m’a influencée mais dans mon inconscient, ce n’est pas un acte volontaire. Je ne me dis pas « bon, faisons comme Oscar Wilde », (ce serait d’ailleurs du dernier ridicule de se prendre pour Oscar Wilde !). Je suis moi, mais avec toutes mes composantes c’est comme Prétexta dit : « on écrit aussi avec ce que l’on a mangé, mais dans ce que l’on a mangé il y a aussi bien la littérature que la nourriture », donc ça fait partie de moi.


A notre âge, aimiez-vous les cours de français ?

Je n’étais pas très bonne. Je n’avais pas de très bons points ni de très bons résultats ni en dissertation, ni en composition française. Mais bon, j’ai toujours aimé lire à côté de ça, donc je n’étais pas rétive au moment où il y avait les listes de lecture.