13.12.2006
Cybercafé littéraire
Il ne faut pas que l'aventure s'arrête là. Les Rencontres Goncourt à Rennes ont soulevé l'enthousiasme... Des cailloux ont été semés par de Petits Poucets fantasques... Des chemins, des pistes ont été ouverts et ils convergent tous vers l'ogre Littérature...
Le Goncourt 2006 n'est pas une forêt ensorcelée, une voie sans issue !
L'idée est, à partir d'aujourd'hui, de lancer, à travers ce blog, une sorte de cyber café littéraire. Un espace ouvert à tout ce qui aura trait à la littérature. Les élèves de la première L en seront les instigateurs, et les commentaires créeront un lieu d'échange.
06:30 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt des lycéens, littérature
06.12.2006
Questions à Littell
Questions pour la plénière Littell : les élèves du lycée seront sur scène pour poser leurs questions dans l'ordre suivant. Quant au programme général il est sur le site officiel du lycée dont voici l'adresse : http://www.stationbienvenue.fr (voir semaine du en cours du 4.12 au 11.12)
1 ce roman a nécessité 5 ans de travail qu’est-ce qui l’a motivé ? Manon
2 Dans quelle mesure la mythologie a-t-elle été une source d’inspiration ? Aurore
3 Comment le personnage principal a-t-il été construit? Léa
4 Pourquoi avoir créé un personnage si détestable et aussi surprenant ? Mélinda
5 Avez-vous des points communs avec le héros du livre ? Victoria
6 Il y a des passages très durs dans ce livre notamment les longues descriptions des exactions des Einsatzgruppen en Ukraine ? ont-ils été difficiles à écrire ? Clémence
7 N’avez-vous pas fini par mieux comprendre votre personnage, son caractère, son statut dans l’histoire en tant que personnage nazi ,à force d’écrire à son sujet ? Chloé
8 A quel rythme ces 900 pages ont-elles été rédigées? Gurvan
9 Pourquoi avoir choisi de l’écrire en français ? Elise
05.12.2006
Fleisher en commentaire (2/2)
Suite comme annoncé du commentaire de l'extrait du roman de Fleisher... Où l'on retrouve Proust !
Le vacillement de la mémoire : (nous allons montrer quel rôle joue la mémoire dans cette opération de reconstruction du temps perdu qu’entreprend l’auteur)
- Conflit entre l’évanouissement et résurrection. Le début du texte mène à une sorte d’impasse. Il m’est impossible de décrire jour après jour… (Ligne 3) ou encore, à la ligne 32 : comment être l’archéologue de son propre passé lorsque le monde à reconstruire n’a laissé aucune trace matérielle…Face à ce paradoxe d’un texte qui prétend écrire sur du néant, l’auteur oppose le pouvoir de la mémoire. A la ligne 6, le connecteur logique « pourtant » inverse la tendance au découragement. Et la suite de la phrase s’emploie à opposer à la menace de l’évanouissement la perspective de la recréation : je pense n’en avoir rien oublié. La structure de la phrase qui accumule les « aucun » accentue cette impression du retour de la mémoire, qui remonte, telle une vague, à travers le flux des détails précis que constituent « visages », « personnalités », « émotions », événements »… Cette structure accumulative (art de la phrase longue hérité de Proust) se retrouve dans le texte par exemple à partir de la ligne 26 pour définir la complexité du temps : écoulement et succession des jours et des nuits, modifications de l’air et de la lumière, progression de la conscience…
- Le tissu du passé : maille à partir avec le temps. L’auteur définit le chantier qu’il examine par l’immatérialité à la ligne 35. Et pourtant, se pencher sur son passé, c’est parvenir à un « dépliage » des souvenirs qui reconstruisent le temps… Tout le paradoxe déjà évoqué est là : les expressions qui définissent cette ressource rendent compte de la valeur d’évocation de la mémoire : feuilleter mentalement l’album d’images (ligne 16), remisée dans les entrepôts de la mémoire (ligne 38) : cette dernière métaphore indique aussi bien l’idée d’un « volume » que l’idée d’une solidité des souvenirs.
- Le travail de l’écriture. Le grattage. Le passé retrouvé. Dans ce sens, l’auteur insiste sur la fonction de l’écriture : ce qu’il sent au fond de lui, ce qui « le travaille » au sens où le narrateur dans « la Recherche » est « travaillé » par une émotion immense qu’il ne comprend pas, c’est la nécessité de ce qu’il appelle le « grattage » à la ligne 22. La référence à nouveau à l’archéologie connote cette impression d’effort auquel il lui faut se livrer pour parvenir à dégager ce quoi est enfoui, enseveli à jamais (ligne 20, l’expression, encore une fois, est empruntée à Proust) sous la surface. Je sais pourtant que tout est là… Je tire l’énergie pour tout faire exister à nouveau. Il faudra bien que l’écriture soit une façon de retrouver le premier regard, de restituer la première fois… la dernière fois…
Conclusion : voilà que l’écriture met en perspective comme les deux côtés de Proust, « la première fois », « la dernière fois », pôles du roman d’Alan et de Barbara. Mais la référence va plus loin, elle aussi « travaille » le texte de Fleisher… La leçon que livre Proust tout au long de son œuvre immense « la Recherche du Temps perdu », c’est que « la vraie vie est dans la littérature » et que l’essence du passé est contenu dans la mémoire. Seule l’écriture peut accomplir le prodige de rendre présent ce « gisement du temps » que tout être possède en soi. Cette résurrection est bien évidemment source de bonheur, c’est ce dont, confusément, le narrateur a conscience dans le fameux épisode de « la petite madeleine » qui réveille en lui le flux de la mémoire affective. Fleisher se souvient de la leçon et il accomplit ce travail particulier d’une mémoire affective coulée dans de la mémoire volontaire …
Demain, les préparatifs pour les rencontres Goncourt qui ont lieu jeudi et vendredi ...






